La santé, les yeux fermés!

La médecine d’aujourd’hui nous offre un arsenal thérapeutique impressionnant. Que l’on soit affligé par des dyslipidémies, de l’hypertension artérielle ou par le diabète de type 2, des médicaments sécuritaires et efficaces sont disponibles. Au-delà de leurs effets immédiats sur la tension artérielle ou sur votre bilan sanguin, ces médicaments ont aussi démontré qu’ils peuvent vous permettre de vivre en meilleure santé et plus longtemps. Et ces gammes de médicaments continuent de s’élargir; une douzaine d’années se sont écoulées depuis ma graduation en pharmacie et je peux témoigner que le dossier type d’un patient atteint d’un diabète de type 2 aujourd’hui ne ressemble pas du tout à ceux que je voyais lors de mes premières années

Malgré cette abondance thérapeutique, il y un problème de santé pour lequel les options sont rares et peu efficaces. C’est bien dommage, car le problème dont il est question a lui-même des répercussions négatives sur pratiquement tous les autres aspects de la santé: métabolisme, gestion du poids, diabète, cognition et performance, reproduction, accidents et trauma, alzheimer, et j’en passe. Bref, si on pouvait traiter ce problème efficacement, on pourrait aider les gens atteints de tous ces problèmes de santé.

Le problème de santé auquel je réfère est le trouble du sommeil. J’utilise volontairement un terme plus large que l’insomnie, car il n’est pas seulement question de ceux et celles qui ont du mal à s’endormir ou à rester endormi. Il est aussi question de ceux et celles qui se privent, volontairement ou pas, consciemment ou pas, du sommeil dont ils ont absolument de besoin.

Pourquoi le manque d’heures de sommeil de qualité est-il si détrimentaire à la santé?

Parce que nous n’avons tout simplement aucune défense contre ce grave manque! À l’échelle de l’évolution de notre espèce, personne n’a jamais eu à faire face à une carence de sommeil. La sélection naturelle n’a donc jamais cru bon nous doter d’un mécanisme de protection contre cette véritable « agression » envers notre organisme qu’est le manque de sommeil.

Faisons la comparaisons avec la nourriture. Au cours de l’histoire, nos ancêtres ont dû, jusqu’à tout récemment, composer avec des périodes où il leur était impossible de consommer suffisamment de calories pour survivre. Ceci a mené aux adipocytes (cellules contenant nos graisses), au glucagon, à la gluconéogénèse et à bon nombre de cascades biochimiques nous permettant de stocker les calories excédentaires en temps opportun, et à y recourir lorsque nécessaire. Bref, le corps s’est équipé d’une police d’assurance contre les périodes où la nourriture se fait rare.

Ne serait-il pas formidable de pouvoir faire de même avec le sommeil?

Imaginons des cellules – des « nuitocytes » par exemple – pouvant emmagasiner l’équivalent métabolique de minutes de sommeil de qualité et libérer cette même « énergie nocturne » lorsque nous sommes contraints à une nuit blanche pour étudier ou à des nuits écourtées par un nouveau-né? On pourrait simplement dormir une fin de semaine de temps en temps, et être aussi délinquant que souhaité le reste de la semaine.

Malheureusement, nous sommes probablement à plusieurs centaines de milliers d’années de pouvoir compter sur un tel atout métabolique. D’autant plus que les dommages infligés par un sommeil insuffisant se manifestent majoritairement après l’âge où l’on se reproduit; ce problème est donc bien trivial aux yeux de mère nature, qui tend à prioriser les problèmes qui nuisent à notre survie et notre reproduction.

Aux yeux de vous, vos proches et votre médecin toutefois, les conséquences pourraient devenir dramatiques. Alzheimer, diabète, cancer, embonpoint, dépression, etc.. Il est clairement temps de mettre en lumière (faute de l’éteindre!) toute l’importance d’un sommeil suffisant et de qualité.

Un problème bien moderne

Le problème devient d’autant plus complexe aujourd’hui avec l’omniprésence des lumières LED, des mobiles et tablettes entre les mains d’ado, des routines matinales qui débutent de plus en plus tôt suivant les horaires d’écoles et le traffic, les besoins de sommeil méconnus et négligés des adolescents… Puis les accidents sur la route ou au travail, causés par la fatigue qui s’ensuit.

Parfois négligé, souvent minimisé

Si vous ou l’un de vos proches souffrez de diabète, d’embonpoint, d’hypertension, de TDAH, est-ce que votre médecin ou votre pharmacien vous a demandé si votre sommeil est bon? Je suis moi-même coupable de négliger cet aspect dans mes conversations en pharmacie. Il faut dire que les solutions faciles sont peu nombreuses et loin d’être parfaites. Oui, les pilules vous ferons dormir… Mais le sommeil qui en résulte est loin d’être d’aussi bonne qualité. De plus, en peu de temps, une accoutumance se développe bien souvent. La solution est donc peu plaisante pour le commun des patients: dédier du temps, des efforts, de la discipline, et faire des choix pour augmenter la quantité et la qualité de son sommeil.

Faire le choix de dormir semble toutefois la seule façon de vivre – et survivre – en santé.

Ce dilemme en lui-même semblerait totalement irréaliste pour les milliers de générations qui nous ont précédés!

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