Retourner en enfance

Depuis quelques jours déjà, le DJ de notre station de radio Uniprix s’est mis à tourner les classiques de Noël. Officiellement, le temps des fêtes approche! Et en cette période de l’année, toutes les familles se réuniront afin de célébrer ce qui les rassemble, au-delà de leurs différences.

Le système de santé; une grande famille?

Les professionnels de la santé, c’est aussi une grande famille dont je suis fier de faire partie. Après tout, au moins une chose nous unit tous: un jour, à un certain moment pendant notre passage à l’école primaire, quelqu’un nous a demandé ce que nous voulions faire plus tard. Et pour plusieurs, la réponse fut quelque chose qui ressemble à ceci:

« J’aimerais être un docteur* parce que j’aime aider les gens! »

*Ou tout autre professionnel de la santé moins populaire, à mesure que nous en apprenions l’existence!

Cette généreuse ambition est le point de départ de bien des carrières. Puis les années passent jusqu’à l’admission au CÉGEP. Ceux qui ne sont pas découragés par les programmes contingentés, les stages multiples, la surcharge de travail et la perspective d’horaires de travail « défavorables » deviennent, fièrement, des professionnels de la santé. Des professionnels qui aiment prendre soin des gens.

Que deviennent ces professionnels?

Plusieurs d’entre-eux se joignent aux milliers d’employés du réseau de la santé, anticipant avec impatience la chance d’enfin entreprendre leur mission d’aider les gens. Ainsi, ils sont employés par un CISSS, un CIUSSS, un CHU ou un autre établissement relevant de ceux-ci. L’établissement employant le professionnel (hôpital, CLSC, CHSLD, GMF) est portée par une mission qui lui est propre. Celle-ci peut-être, à titre d’exemple, de rendre des services de santé et des services sociaux accessibles, humains et de qualité à sa région. Au niveau provincial, ces établissements sont partie intégrante d’un réseau financé par nos taxes et impôts. Un réseau déployé selon la stratégie du ministère pour qui le « bon fonctionnement du système » est la mission.

Soudain, le professionnel bien intentionné se retrouve au milieu de multiples collègues, patrons et organisations ayant chacun des objectifs bien précis et parfois divergents. Des tranchées se creusent de part et d’autre du professionnel.

Un ministère qui travaille sur son réseau.

Des établissements qui évoluent dans le réseau, pour leur région.

Et des professionnels qui travaillent pour leur patient.  Parce que c’est ce qu’ils aiment!

Tous ceux dont l’adresse courriel comporte quatre S ou plus comprendront de quoi je parle. Les les budgets, les coupures, les orientations et stratégies ministérielles, les attributions de permis, les syndicats, les règlements, les procédures… Le mot peut sembler fort, mais parfois, c’est la guerre.

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Et les autres?

Pour l’autre portion de ces professionnels, quelques chose d’imprévu et méconnu se produira: ils joindront les rangs d’une entreprise privée.

Car la première ligne des soins de santé, c’est aussi et de plus en plus l’affaire d’entreprises privées. 

Nombreux sont ceux qui n’en sont pas pleinement conscients. Pour plusieurs, la carte soleil est un passeport santé universel. Que ce soit pour voir le médecin, faire une prise de sang ou ramasser une prescription.

Néanmoins, le parcours typique d’une personne naviguant à travers la première ligne implique des transactions avec plusieurs professionnels appartenant à autant d’entreprises privées différentes. En voici un exemple:

  • Une clinique privée. Je ne parle pas d’une clinique à 400$ d’inscription par année, à la déco moderne et où chaque rendez-vous est à pile à l’heure. Je parle de la clinique du coin, qui déborde à tous les matins. Celle-ci appartient vraisemblablement à une ou plusieurs personnes ayant leur propre vision et stratégie d’entreprise.
  • Un médecin. Celui-ci est probablement incorporé et représente donc une « entreprise » en lui-même. Cette notion est parfois contestée. En effet, une pratique médicale typique n’est pas un grand défi entrepreneurial en soi; les clients abondent, la RAMQ est pratiquement l’unique tiers-payeur et les frais administratifs sont généralement tous inclus dans la mensualité payée à la clinique. Quoi qu’il en soit, ce professionnel, travailleur autonome, répond donc de sa propre mission.
  • Un laboratoire médical. De plus en plus de tests de laboratoires sont partiellement ou entièrement effectués dans le domaine du privé. Parfois, quelques dollars sont versés à une clinique effectuant l’acte de prélèvement et de transport vers le laboratoire d’un établissement public avec lequel il collabore. D’autres fois, l’analyse est elle aussi effectuée par un laboratoire privé, dont l’objectif sera évidemment de rentabiliser cette opération.
  • Une pharmacie. Ce sont parfois de petites entreprises et parfois des PME employant des dizaines de personnes. Au coeur de leurs laboratoires, elles abritent des pharmacien(ne)s, assistant(e)s-techniques et infirmières ayant à coeur le bien de leur clientèle ou patientèle, pour ceux qui préfèrent le terme. Ces entreprises tirent leurs revenus de sources très variées: assureurs-privés, RAMQ, parfois même l’assurance-maladie, et bien sûr le client lui-même. Elles ont chacune leurs propres défis, objectifs et stratégies d’affaires.

Chacune des ces entreprises, plus ou moins consciemment, est dotée d’une certaine vision de son avenir,  donc d’une raison d’être qui lui est propre et qu’elle défend chaque jour. Elle se doit d’élaborer une mission assez large pour englober l’ensemble de ses activités, mais assez précise pour servir de phare lors de prises de décisions importantes.

De plus en plus, à l’instar de leurs penchants publics, ces entreprises combattent pour leurs parts de marché respectives et même pour le champ d’exercice des professions qu’elles représentent. En 2019, même les médecins en GMF se doivent de développer des stratégies pour mieux répondre aux besoins de leurs patients, afin d’éviter une fuite vers d’autres cliniques qui peut les pénaliser financièrement. Qui l’eût cru!

Évitons que la guerre nous fasse oublier notre rêve

C’est l’amour d’aider les gens qui incite les professionnels de la santé à choisir leur carrière. Puis, chacun d’entre eux se retrouvent au coeur d’un écosystème où des entreprises privées et publiques évoluent côte à côte, parfois difficilement!

Au milieu, l’amour d’aider les gens. Et partout autour, une guerre incessante résultant de l’affrontement de toutes ces entités dont les missions sont à la fois semblables et distinctes.

Est-ce que ces guerres sont bénéfiques pour notre santé collective? Je crois que oui… un peu à tout le moins!

Comme l’explique Robert Green dans Stratégie : Les 33 lois de la guerre, un état d’esprit compétitif peut être source de motivation, d’innovation, de dépassement et d’ambition pour chacune de ces entreprises de santé. Qu’elles soient publiques ou privées, grosses ou petites. Certains seront en désaccord et prêchent pour une étatisation généralisée de la santé. Mais je suis d’avis que, le patient bénéficie d’une certaine compétition.

Toutefois, au coeur de cet écosystème se trouvent des humains. Des humains qui sont souvent épuisés par la guerre, et parfois déchirés par ses conséquences. Des humains parfois portés à poser des gestes ou prendre des décisions discutables, parce qu’ils ne savent plus exactement pour quoi ils se battent.

Les préjugés tendent à faire oublier cette réalité. Oui, certains professionnels sont riches. Certains ont de bons fonds de pension! Mais pas tous. Et certains d’entre eux ont beaucoup sacrifié pour arriver à leurs fins, chose qui les rattrape parfois.

Au bout du compte, quelque chose de profond unit cette grande famille de professionnels, et ce depuis leur plus jeune âge: l’amour de soigner les gens. 

Soigner, ce n’est pas la mission de tous. Mais que nous soyons patient, ministre, employé du réseau ou entrepreneur en santé, il existe une mission que nous devrions tous partager: aider les professionnels à redevenir des enfants!

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