SVP ne me félicitez pas!

C’est maintenant officiel: j’ai vendu les parts que je détenais dans ma pharmacie depuis décembre 2013.

Cette décision, longtemps et dûment mûrie, a été prise à la fin de l’année 2019 (donc quelques mois avant la pandémie).

Il n’y a pas de meilleure façon de la mettre en contexte que de littéralement retourner dans le passé. Alors voici l’extrait d’un texte que j’ai écrit, alors que les préparatifs à la « mise en vente » se mettaient en branle.

 


St-Constant, le 14 novembre 2019


Est-ce que ma carrière me satisfait? Est-ce que je passe assez de temps avec ma famille? Est-ce que je parviendrai à laisser une trace, aussi petite soit-elle, en faisant du bien aux gens et pour ma profession?


Ces remises en question, nous les vivons tous. En ce jour de novembre 2019, elles sont plus présentes que jamais. Pourquoi? Parce que j’ai pris la décision de donner un coup de barre à ma carrière en vendant mes parts dans ma pharmacie. Après mûre réflexion, j’en suis venu à la conclusion que ce n’est plus le véhicule qui me permettra de mener à bien ma mission personnelle, c’est-à-dire de travailler pour une première ligne de santé plus forte. Je veux mettre plus d’efforts et d’énergie à défendre et adapter la position des pharmacien(ne)s dans cet écosystème qui s’est complexifié sans cesse au cours de la dernière décennie. Mais les aléas quotidiens de la gestion d’une pharmacie exigent toute mon attention, et je ne vois pas cela changer à court ou moyen terme.

Je comprend un peu mieux ce que mes patients ressentent lorsqu’ils me parlent d’anxiété. Un sentiment d’appréhension face au futur; une impression que les choses iront mal quoi que nous choisissions et que nous serons seuls à y faire face. Dans mon cas, il m’est pour ainsi dire impossible d’en parler ouvertement à quiconque, car toute rumeur de mes intentions pourraient créer un petit vent de panique à la pharmacie. Non pas que je sois irremplaçable; personne ne l’est. C’est plutôt le changement que les gens craindraient.

La petite expression que consiste ce blog m’a toutefois montré que l’écriture peut vraiment faire du bien. À soi-même, et aussi aux autres, lorsque le sujet trouve écho chez d’autres personnes.


Alors ce matin, je me tourne vers ce qui semble être le meilleur remède à mon anxiété. Ma musique préférée, une bonne dose d’exercice suivi par un peu d’écriture imprégnée d’endorphines..


 

Au moment d’écrire ce texte, en novembre dernier, j’avais l’impression que le moment où je pourrais enfin le publier n’arriverait jamais. La journée de la vente me semblait se trouver dans un univers parallèle où je pourrais un jour traverser. Un endroit où l’anxiété ferait place à des bulles et à des festivités empreintes d’une douce mélancolie et d’un sentiment de renouveau.

En lieu de cette journée idyllique, une « séance » de signatures a été tenue. Elle fût déclinée en 2 parties: un échange de PDF suivi d’une rencontre « en présentiel » d’une heure à signer une dizaine de documents. Le tout, distancé et bien masqué. 

Néanmoins, un certain soulagement était au rendez-vous. Bien que ce projet de pharmacie puisse être considéré un succès sur la base de la plupart des indicateurs habituels, les responsabilités qui y étaient associées étaient devenues, au fil du temps, une source de stress disproportionnée. Ces responsabilités constituaient dorénavant un frein à mon développement personnel, après en avoir été un accélérateur lors des premières années. Avec la pénurie de personnel qualifié en pharmacie, à laquelle s’ajoutent de multiples contraintes liées à la pandémie, j’oserais dire que le développement de notre profession dans son ensemble vit des moments difficiles également alors que, ironiquement, l’environnement législatif y est enfin un peu plus favorable.

Pourquoi suis-je affecté plus que mes collègues par ces réflexions, au point de mettre fin prématurément un parcours dans lequel je m’étais embarqué pour beaucoup plus longtemps? Je n’ai pas la réponse exacte à cette question. Mais il doit y avoir un peu de ma paranoïa face à l’évolution du marché, de remises en question face à la suite de ma vie professionnelle et de claustrophobie face aux 4 murs de cette pharmacie de laquelle je commençais à me sentir plus prisonnier que propriétaire.

Aujourd’hui, l’anxiété quotidienne s’est majoritairement dissipée. Une certaine angoisse occupe toutefois l’espace mental qu’elle a libéré. L’angoisse face aux choix et aux questionnements qui surgissent. Ai-je commis une erreur? Où et à quoi dédier le temps supplémentaire dont je dispose? Est-ce que j’ai bien fait de devenir pharmacien? Est-ce que ma carrière finira en queue de poisson? Pourquoi tant d’autres pharmacien(ne)s propriétaires réussissent et sont, apparemment, heureux à long terme dans ce qu’ils font, et parviennent même à s’exprimer professionnellement à travers leur entreprise? Suis-je plus faible, ou moins habile qu’eux?

Heureusement, j’ai mis beaucoup d’efforts à noter les idées, joies, problèmes, frustrations, frictions et tourments que j’ai vécu au cours des 6 dernières années. Je peux donc, en quelques instants, retourner dans le passé et revivre les hauts et les bas de cette extraordinaire aventure (qui n’est pas tout à fait terminée d’ailleurs, car je continue à travailler à la même pharmacie, à temps partiel).

Je peux aussi me tourner vers l’avenir. La vie m’offre présentement plusieurs raisons de regarder l’horizon devant moi: ma fille qui commence l’école, des projets professionnels en mouvance et mon retour à l’université qui progresse et me passionne.

Au bout du compte et malgré tout, la juxtaposition actuelle entre le passé et le futur est parfaite. Elle permet d’actualiser à la fois la mélancolie du passé et l’espoir du futur, afin que le moment présent soit occupé d’un juste équilibre entre les deux. Quoique je n’y reste jamais bien longtemps, dans ce « moment présent ».

Je m’efforce de ne pas perdre de vue mon étoile du nord à travers ces choix difficiles: rendre nos soins et nos services disponibles, efficaces, accessibles, valorisés et mis en marché de façon adéquate et pérenne. Au moment où l’on se parle, des gens sont en train de souffrir. Des maladies chroniques ne sont pas contrôlées. Des traitements sont négligés. Mais le marché de la pharmacie, ainsi que le modèle d’affaire qui y règne, ne favorisent pas la meilleure prestation de services par les pharmaciens. Ceci doit être réglé, ou du moins, amélioré.

C’est la cause à laquelle je m’accroche! À tous ceux qui m’ont félicité spontanément, j’ai répondu merci. Mais en réalité, c’est un mot que je préférerai entendre lorsque j’aurai contribué un peu plus à la cause qui m’est chère.


If you don’t stand for something, you’re gonna fall for something.

Trauma, Meek Mill


 

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