Faisons des tartes.

En tant que pharmacien, si j’étais une tarte aux pommes, je serais divisé en bien des morceaux. Pourquoi? Parce que je dois répartir mon temps et mon attention limités de tous bords tous côté afin de répondre aux nombreuses tâches, obligations et questions qui se présentent au cours d’une journée typique passée au laboratoire.

Il y a, bien sûr, des vieilles et des nouvelles ordonnances à vérifier. Des questions des patients. Des appels et des renseignements à fournir aux médecins. D’infinies demandes de profils pharmaceutiques, au point où je me demande à quoi servent les millions de dollars investis dans le Dossier Santé Québec (DSQ). Il y a des rendez-vous avec les fournisseurs et des employés à gérer. Il y a des commandes à faire et des problèmes de facturation à régler, merci aux innombrables règles et codes de la RAMQ.

Les soins des santé, la priorité

Et si je me penche plus particulièrement sur les soins de santé fournis en pharmacie, il est clair qu’eux aussi sont beaucoup plus élaborés qu’autrefois. En plus des responsabilités traditionnelles du pharmaciens, nos clients s’attendent maintenant à ce que le pharmacien prescrive des médicaments et des tests de laboratoires, faxe leurs médecins pour toutes les raisons inimaginables, prenne en charge leur vaccination (grippe, voyage, zona), règle leurs problèmes d’assurances, suive les résultats de leurs prises de sang…

Je ne m’en plains pas du tout. Ces attentes sont légitimes, car de nos jours, toutes ces responsabilités relèvent bel et bien du pharmacien, à quelques détails près. Mais à travers toute cette tornade de demandes ainsi que les attentes élevées des clients, il ne arrive qu’il ne reste tout simplement plus suffisamment de temps pour vérifier si c’est bel et bien la bonne pilule qui est dans le pot.

Autrement dit, la tarte du pharmacien est déjà entièrement coupée, et les morceaux ne peuvent tout simplement pas être plus minces qu’ils le sont en ce moment. Que faire pour répondre à la demande?

Il ne faut pas essayer de couper la tarte encore plus… il faut tout simplement en faire d’autres… beaucoup d’autres tartes.

Le livre Abundance de Peter Diamandis explore le sujet de la répartition des ressources sur la planète, dans l’espoir de fournir à chaque être humain ce qui est essentiel à la vie: alimentation équilibrée, eau potable, lumière, énergie et communication. Le défi est immense, et l’approche est la suivante: quand les ressources sont clairement surexploitées, il faut repenser la recette et innover, afin de réussir à la doubler… ou plutôt la quintupler, et même plus.

Il est bien connu que les réserves de pétrole ne sont pas infinies et qu’au rythme auquel les occidentaux consomment et les économies émergentes se développent, celles-ci s’épuiseront de plus en plus vite. De cette réalité est issue un effort collectif de réduire le gaspillage d’énergie. Mais saviez-vous qu’en 88 minutes, 470 exajoules nous viennent du soleil sous forme d’énergie solaire, et que cette quantité colossale d’énergie équivaut à tout ce que l’humanité consomme en une année? Peut-on vraiment parler d’une crise énergétique? On peut bien fermer l’interrupteur en sortant d’une pièce et éviter de laisser couler l’eau; ce qui manque réellement, ce sont des panneaux solaires à grande échelle et des équipements efficaces pour désaliniser l’eau de mer.

Repenser les soins de santé

Cette approche me semble tout indiqué lorsque vient le temps de repenser le travail du pharmacien. (Et pour ce que j’en sais, la réalité est bien similaire pour les médecins et probablement plusieurs autres professionnels de la santé et d’autres domaines).
En pharmacie et dans les cliniques, le temps et les ressources humaines manquent. Mais au lieu de s’attarder à ce qui manque, il faut regarder où est l’abondance. Après tout, pleins de choses sont dorénavant plus abondantes qu’elles ne l’ont jamais été. L’information est accessible à tous. (Si l’information est le nouveau pouvoir, un ado avec un iPhone et Google dans la salle d’attente est à toute fin pratique plus puissant que Bill Clinton au début de sa présidence.) La communication est plus instantanée et facile que jamais. Internet est omniprésent, non seulement sur nos postes informatiques, mais dans nos objets connectés. Les médicaments génériques n’ont jamais été aussi abordables. Les outils technologiques, robots et ordinateurs peuvent accomplir des tâches et gérer des quantités de données inimaginables il n’y a que quelques années.

apple tree
Photo par Kaboompics

Nous sommes comme des enfants dans un verger où toutes les pommes tombées ont été mangées. On peut s’alarmer, courir, s’éreinter à en trouver une par-ci par-là pour survivre quelques minutes de plus. Mais pour réellement changer la situation des soins de première ligne, ce qu’il faut, c’est se construire une échelle.

Alors avons-nous vraiment une pénurie de temps, de main d’oeuvre et d’argent dans le système de la santé? Peut-être. Mais la pénurie qui m’inquiète le plus, c’est celle qui concerne l’imagination, l’innovation et le courage de changer le statu quo.<

Bien sûr, il y aura du protectionnisme, des coutumes et des codes de déontologie difficiles à changer, et des zones de conforts en pleine mouvance. Mais si rien n'est fait pour repenser la santé de première ligne, c'est littéralement la santé de nos états et de nos pays qui sont en danger.

Allons-y, repensons la recette du début, et nous parviendrons, j'en suis sûr, de faire 10 tartes au lieu d'une!

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