Archives d’auteur : Maxime B.-Roy

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À propos de Maxime B.-Roy

Pharmacien et passionné par la santé et les affaires! Je me plais à y trouver un fil conducteur!

Ma lettre à Mme McCann, ma député et Ministre de la santé

Récemment, le ministère de la Santé a surpris les pharmaciens avec un amendement surprise qui vient réduire une de nos sources de revenu importantes. Et ce, au même moment où on s’attend à ce que nous allions plus loin dans les soins offerts à la population. Cette situation mérite d’être exposée au grand public. Ainsi, je vous invite à prendre connaissance de ma lettre et à partager!

Mardi le 3 décembre 2019

Madame Danielle McCann
Ministre de la Santé et des Services sociaux
Ministère de la Santé et des Services sociaux
Édifice Catherine-De Longpré
1075, chemin Sainte-Foy
15e étage, Québec (Québec)
G1S 2M1

Madame la Ministre,

Ma famille et moi sommes résidents de St-Constant depuis plus de 30 ans. Inutile de vous présenter la démographie exceptionnelle de notre région. La population est en pleine croissance. Les jeunes familles et les aînés se côtoient. Conséquemment, les besoins de santé ne font qu’augmenter.

Nul doute que cette réalité a influencé mon choix de devenir pharmacien. Ainsi, depuis maintenant une douzaine d’années, je dédie ma carrière aux soins de première ligne en santé.

Ce parcours m’a mené à devenir pharmacien propriétaire en 2013. Quelques années qui ont passé bien vite, mais qui ont fait vivre énormément d’émotions à mes collègues et moi. Nous nous sentons à la fois privilégiés d’enfin pouvoir avoir un impact dans la santé de notre communauté qui est à la hauteur de nos compétences. Mais nos entreprises et nous sommes également fragilisés par des années de coupures et d’incompréhension face à notre réalité. Les attentes envers nos pharmacies – des PME employant et soignant la population de votre propre circonscription – ne font que s’accroître tandis que les ressources et les moyens de rendre les soins en question se font toujours attendre. Pire encore, avec l’amendement au projet de loi 31 modifiant les montants éligibles en allocations professionnelles versées aux pharmaciens pour les produits non-inscrits à la liste de la RAMQ, on vient carrément et aveuglément sabrer dans ceux-ci, sans raison apparente.

Le gouvernement précédent a reconnu que les allocations professionnelles étaient des sommes nécessaires à l’offre de services professionnels en pharmacie. Et si ça ne suffit pas, je vous invite personnellement à venir constater les services qui sont offerts à tous les citoyens de votre circonscription dans ma pharmacie, et qui ne suffisent tout simplement pas à la demande.

Quant aux co-assurances qui restreignent l’accès aux nouveaux services en pharmacie, l’impact est définitivement plus grand qu’il ne semble l’être. À titre d’exemple, des médecins de la région m’interpellent directement en se plaignant – avec raison – des demandes de renouvellements qui s’empilent sur leurs bureaux et qui leur font perdre du temps précieux, à eux aussi. Quelques dollars de co-assurance peuvent sembler négligeables, mais la perception de la population est tout autre. “Pourquoi me demande-t-on de payer pour des soins offerts par le système public?”

Nous avons fait un choix collectif de s’offrir des soins de santé de qualité, et j’ai fait le choix personnel d’y dédier ma carrière. Pour le bien de la population qui vous a élue, donnez nous les moyens de répondre à l’appel qui nous est lancé, une fois pour toute.

Dans l’attente de votre collaboration, nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, mes sincères salutations.

Maxime Bissonnette-Roy, citoyen de Sanguinet et pharmacien-propriétaire

Retourner en enfance

Depuis quelques jours déjà, le DJ de notre station de radio Uniprix s’est mis à tourner les classiques de Noël. Officiellement, le temps des fêtes approche! Et en cette période de l’année, toutes les familles se réuniront afin de célébrer ce qui les rassemble, au-delà de leurs différences.

Le système de santé; une grande famille?

Les professionnels de la santé, c’est aussi une grande famille dont je suis fier de faire partie. Après tout, au moins une chose nous unit tous: un jour, à un certain moment pendant notre passage à l’école primaire, quelqu’un nous a demandé ce que nous voulions faire plus tard. Et pour plusieurs, la réponse fut quelque chose qui ressemble à ceci:

« J’aimerais être un docteur* parce que j’aime aider les gens! »

*Ou tout autre professionnel de la santé moins populaire, à mesure que nous en apprenions l’existence!

Cette généreuse ambition est le point de départ de bien des carrières. Puis les années passent jusqu’à l’admission au CÉGEP. Ceux qui ne sont pas découragés par les programmes contingentés, les stages multiples, la surcharge de travail et la perspective d’horaires de travail « défavorables » deviennent, fièrement, des professionnels de la santé. Des professionnels qui aiment prendre soin des gens.

Que deviennent ces professionnels?

Plusieurs d’entre-eux se joignent aux milliers d’employés du réseau de la santé, anticipant avec impatience la chance d’enfin entreprendre leur mission d’aider les gens. Ainsi, ils sont employés par un CISSS, un CIUSSS, un CHU ou un autre établissement relevant de ceux-ci. L’établissement employant le professionnel (hôpital, CLSC, CHSLD, GMF) est portée par une mission qui lui est propre. Celle-ci peut-être, à titre d’exemple, de rendre des services de santé et des services sociaux accessibles, humains et de qualité à sa région. Au niveau provincial, ces établissements sont partie intégrante d’un réseau financé par nos taxes et impôts. Un réseau déployé selon la stratégie du ministère pour qui le « bon fonctionnement du système » est la mission.

Soudain, le professionnel bien intentionné se retrouve au milieu de multiples collègues, patrons et organisations ayant chacun des objectifs bien précis et parfois divergents. Des tranchées se creusent de part et d’autre du professionnel.

Un ministère qui travaille sur son réseau.

Des établissements qui évoluent dans le réseau, pour leur région.

Et des professionnels qui travaillent pour leur patient.  Parce que c’est ce qu’ils aiment!

Tous ceux dont l’adresse courriel comporte quatre S ou plus comprendront de quoi je parle. Les les budgets, les coupures, les orientations et stratégies ministérielles, les attributions de permis, les syndicats, les règlements, les procédures… Le mot peut sembler fort, mais parfois, c’est la guerre.

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Et les autres?

Pour l’autre portion de ces professionnels, quelques chose d’imprévu et méconnu se produira: ils joindront les rangs d’une entreprise privée.

Car la première ligne des soins de santé, c’est aussi et de plus en plus l’affaire d’entreprises privées. 

Nombreux sont ceux qui n’en sont pas pleinement conscients. Pour plusieurs, la carte soleil est un passeport santé universel. Que ce soit pour voir le médecin, faire une prise de sang ou ramasser une prescription.

Néanmoins, le parcours typique d’une personne naviguant à travers la première ligne implique des transactions avec plusieurs professionnels appartenant à autant d’entreprises privées différentes. En voici un exemple:

  • Une clinique privée. Je ne parle pas d’une clinique à 400$ d’inscription par année, à la déco moderne et où chaque rendez-vous est à pile à l’heure. Je parle de la clinique du coin, qui déborde à tous les matins. Celle-ci appartient vraisemblablement à une ou plusieurs personnes ayant leur propre vision et stratégie d’entreprise.
  • Un médecin. Celui-ci est probablement incorporé et représente donc une « entreprise » en lui-même. Cette notion est parfois contestée. En effet, une pratique médicale typique n’est pas un grand défi entrepreneurial en soi; les clients abondent, la RAMQ est pratiquement l’unique tiers-payeur et les frais administratifs sont généralement tous inclus dans la mensualité payée à la clinique. Quoi qu’il en soit, ce professionnel, travailleur autonome, répond donc de sa propre mission.
  • Un laboratoire médical. De plus en plus de tests de laboratoires sont partiellement ou entièrement effectués dans le domaine du privé. Parfois, quelques dollars sont versés à une clinique effectuant l’acte de prélèvement et de transport vers le laboratoire d’un établissement public avec lequel il collabore. D’autres fois, l’analyse est elle aussi effectuée par un laboratoire privé, dont l’objectif sera évidemment de rentabiliser cette opération.
  • Une pharmacie. Ce sont parfois de petites entreprises et parfois des PME employant des dizaines de personnes. Au coeur de leurs laboratoires, elles abritent des pharmacien(ne)s, assistant(e)s-techniques et infirmières ayant à coeur le bien de leur clientèle ou patientèle, pour ceux qui préfèrent le terme. Ces entreprises tirent leurs revenus de sources très variées: assureurs-privés, RAMQ, parfois même l’assurance-maladie, et bien sûr le client lui-même. Elles ont chacune leurs propres défis, objectifs et stratégies d’affaires.

Chacune des ces entreprises, plus ou moins consciemment, est dotée d’une certaine vision de son avenir,  donc d’une raison d’être qui lui est propre et qu’elle défend chaque jour. Elle se doit d’élaborer une mission assez large pour englober l’ensemble de ses activités, mais assez précise pour servir de phare lors de prises de décisions importantes.

De plus en plus, à l’instar de leurs penchants publics, ces entreprises combattent pour leurs parts de marché respectives et même pour le champ d’exercice des professions qu’elles représentent. En 2019, même les médecins en GMF se doivent de développer des stratégies pour mieux répondre aux besoins de leurs patients, afin d’éviter une fuite vers d’autres cliniques qui peut les pénaliser financièrement. Qui l’eût cru!

Évitons que la guerre nous fasse oublier notre rêve

C’est l’amour d’aider les gens qui incite les professionnels de la santé à choisir leur carrière. Puis, chacun d’entre eux se retrouvent au coeur d’un écosystème où des entreprises privées et publiques évoluent côte à côte, parfois difficilement!

Au milieu, l’amour d’aider les gens. Et partout autour, une guerre incessante résultant de l’affrontement de toutes ces entités dont les missions sont à la fois semblables et distinctes.

Est-ce que ces guerres sont bénéfiques pour notre santé collective? Je crois que oui… un peu à tout le moins!

Comme l’explique Robert Green dans Stratégie : Les 33 lois de la guerre, un état d’esprit compétitif peut être source de motivation, d’innovation, de dépassement et d’ambition pour chacune de ces entreprises de santé. Qu’elles soient publiques ou privées, grosses ou petites. Certains seront en désaccord et prêchent pour une étatisation généralisée de la santé. Mais je suis d’avis que, le patient bénéficie d’une certaine compétition.

Toutefois, au coeur de cet écosystème se trouvent des humains. Des humains qui sont souvent épuisés par la guerre, et parfois déchirés par ses conséquences. Des humains parfois portés à poser des gestes ou prendre des décisions discutables, parce qu’ils ne savent plus exactement pour quoi ils se battent.

Les préjugés tendent à faire oublier cette réalité. Oui, certains professionnels sont riches. Certains ont de bons fonds de pension! Mais pas tous. Et certains d’entre eux ont beaucoup sacrifié pour arriver à leurs fins, chose qui les rattrape parfois.

Au bout du compte, quelque chose de profond unit cette grande famille de professionnels, et ce depuis leur plus jeune âge: l’amour de soigner les gens. 

Soigner, ce n’est pas la mission de tous. Mais que nous soyons patient, ministre, employé du réseau ou entrepreneur en santé, il existe une mission que nous devrions tous partager: aider les professionnels à redevenir des enfants!

Le jeu infini de la pharmacie

Il y a maintenant plus d’une quinzaine d’années que je faisais ma première incursion de l’autre côté du comptoir d’une pharmacie de quartier. À ce moment, je n’étais pas très sensible aux enjeux économiques du milieu. Tout allait plutôt bien, et à vrai dire, je crois que l’économie des pharmacies n’inquiétait personne!

L’arrivée de chaque nouveau médicament générique représentait des marges de profit colossales pour les fabricants, représentants et les pharmaciens. J’ai d’ailleurs le souvenir d’un tirage de iPod (à l’ère pré-iPhone) pour l’ATP ayant converti le plus de patients du Fosamax vers l’alendronate! C’était une autre époque où la profession était très lucrative, et j’ose dire, beaucoup plus simple!

Les excès ont mené à des décisions politiques de couper dans le gras. L’initiative était justifiée. La façon de faire, par contre, aura été maladroite et caractérisée par un manque de vision quant à l’importance de l’implication des pharmaciens et de leurs partenaires dans la première ligne de soins de santé. On aurait pu s’attendre à mieux en élisant des médecins pour nous gouverner. Mais il semble que ceux-ci ne soient pas tous si bien informés de la réalité vécue par les professionnels gravitant autour d’eux. En fait, la première ligne, c’est un peu comme le système solaire: autour des médecins gravitent une dizaine de professions qui dépendent de ceux-ci mais qui ne se côtoient jamais vraiment!

La conséquence de ces années d’extrêmes et de manque de vision est que le « jeu » de la pharmacie a bien changé. La rigueur est maintenant de mise à tous les niveaux. Les pharmacies sont gérées beaucoup plus activement, les banques sont plus prudentes et les bannières auxquelles elles sont affiliées se comportent comme il se doit lorsqu’on fait partie du « Fortune 100 » canadien.

Les pharmacies sont donc passées de mines d’or sans fond à des sables bitumineux: rentables lorsque bien gérées et lorsque l’économie du secteur se porte bien! Cette nécessaire diligence implique de se conduire tel un bon MBA. Il faut mesurer, planifier, intervenir et faire le suivi. Chaque objectif doit être SMART; les tirages de iPod sont bien loin derrière!

Évitons de devenir hors-jeu

D’abord et avant tout, je suis professionnel de la santé. La valeur que je dois créer, c’est donc de la santé. Or, la réalité du monde des affaires me rattrape tous les jours et je réalise que l’état des choses de ce côté n’est pas nécessairement plus enviable.

Symptôme de cet état de santé inquiétant: la durée de vie moyenne d’une compagnie parmi le groupe S&P 500 a diminué d’environ 40 ans depuis les années 50. Autrement dit, la longévité moyenne de ces grosses entreprises est passée d’environ 60 ans à moins de 20 ans!

Je ne veux pas subir le même sort, alors qu’arrive-t-il à ces entreprises? Le réflexe commun est de pointer du doigt l’évolution rapide et incessante des technologies, notamment en ce qui concerne les communications et la puissance des processeurs modernes. Mais peut-on vraiment lui attribuer le malheur de toutes ces défuntes entreprises, telles que Kodak, Nokia, Yahoo, Polaroid, Blockbuster?

Qui plus est, les générations précédentes ont elles aussi été confrontées à des innovations! Des chemins de fer jusqu’au velcro, en passant par le micro-onde et l’automobile, le siècle dernier en entier fut bien rempli d’innovations. Ceci n’aura pas empêché certaines compagnies de devenir centennaires, telles que IBM ou GE. Et ce, même si le secteur d’activité qui leur est propre ait subi des révolutions complètes!

Créer de la valeur au bon endroit

Lorsqu’une entreprise disparaît, la cause n’est généralement pas les cartes qui lui ont été servies; c’est plutôt la stratégie de jeu pour laquelle elle a opté. L’égo, l’orgueil et la gourmandise peuvent être fatals. Les PDGs d’entreprises, bien souvent d’anciens CFOs, savent exactement quoi faire pour créer rapidement de la valeur pour les actionnaires. Ils sont prêts pour une bataille qui se chiffre en dollars et en trimestres.

Bien de ces PDGs, de par la nature de leurs expérience, formation et rémunération, sont plus axés sur le court terme que sur la partie infinie dans laquelle leur entreprise doit se défendre. Pas surprenant, car celle-ci dépasse l’horizon de leurs carrières. Or, c’est en se préparant pour une partie sans fin que peut surgir l’ultime stratégie: la création de valeur pour le client.

Simon Sinek l’illustre bien dans son nouveau livre et Robert Green en fait aussi mention dans ce classique.  Intégrons cette sagesse dans nos entreprises de la première ligne en santé, car dans notre univers, tout comme dans le milieu des affaires, la partie n’arrête jamais!

La partie continue

De nouveaux territoires vacants apparaissent et sont appelés à être contestés: droit de prescrire ou vacciner, médicaments de spécialité, distribution de médicaments, cannabis, santé numérique… De nouvelles batailles débutent avant que d’autres soit terminées. Viser trop ardemment à devenir le « gagnant » d’une de ces catégories, c’est mettre en péril sa capacité future de s’adapter. Notre jeu n’aura jamais de gagnant ni de score final. Certes, il y aura toujours des bilans, des états financiers et des classements. Mais ces indicateurs sont-ils réellement un gage que nous créons suffisamment de valeur pour justifier notre place autour de la planche de jeu?

Chaque chaîne, distributeur, et chaque pharmacien propriétaire est maintenant redevable de répondre à des attentes financières. Nous voulons tous les atteindre afin de nous considérer victorieux. Je souhaite à tous d’atteindre, et même de dépasser ces attentes. Mais aucun de nous ne doit se proclamé gagnant. Au contraire, chaque année qui passe, chaque passage sur la case GO doit être un rappel que nous prenons part à un jeu sans fin.

Avec cet horizon de temps en tête, tout est possible!

Un designer en pharmacie ?

Au cours de la dernière année, et plus particulièrement des derniers mois, je me suis plongé dans l’univers de conception d’application-web, en poursuivant une idée qui aiderait au suivi des patients.

En plus de devoir apprendre les bases de divers langages de programmation nécessaires à réaliser toutes les portions d’une application, je me suis familiarisé aux différents rôles et professionnels spécialisés dont l’implication est nécessaire aux développement de projets informatiques. Par exemple, les développeurs « back-end », « front-end », « full-stack » et, ceux qui sont souvent parmi les premiers à guider le travail de tous les autres: les UX (user experience) designer.

Le travail d’un UX Designer

Je ne suis pas encore familier avec tous les aspects du travail de ces designers… Mais je crois comprendre l’essentiel. Ceux-ci s’efforcent d’adapter la présentation, la disposition, et le flot de travail que nous offre le système dans lequel un travail ou une tâche s’accomplit, en l’occurence une application web. En effet, même si le concepteur d’une application est convaincu qu’elle offre toutes les fonctionnalités nécessaires, celle-ci ne sera pas utilisée à sa juste valeur si la navigation n’est pas facile, intuitive, efficace et faite au moyen d’un minimum de clics.

Leur rôle me semble d’autant plus important à mesure qu’une application grandit et évolue. C’est comme lorsqu’on se met à écrire sur une pancarte: on manque toujours de place. Il manque un plan de match, une vision d’ensemble!

Autrement dit, lorsqu’on est un mode création où en train de réinventer quelque chose, c’est naturel – et bénéfique! – de se laisse emporter. Jusqu’à ce qu’on manque de place et qu’on ne sache plus où et comment ajouter les pièces restantes.

Plus j’y pense, et plus je réalise que ce n’est pas seulement mon application qui a besoin d’un designer UX… c’est ma profession: la pharmacie!

Le brain-STORM de la pharmacie

Je l’écris ainsi car la portion « storm » a été plus marquée que la portion « brain », pour l’instant du moins. Au cours des dernières années, de nouvelles tâches ont été, avec raison, parachutées vers mes collègues pharmaciens et moi. Prolonger, tester, prescrire, ajuster, substituer, enseigner, modifier… et bientôt vacciner, évaluer, encore plus prescrire et plus prolonger… Sans oublier la lourdeur administrative qui s’y ajoute, provenant des exigences de la RAMQ et des ordres professionnels concernés!

Y’a-t-il un UX designer dans la salle?

Il est grand temps que quelqu’un se penche sur le « use-case » d’un pharmacien qui fait face à son laboratoire en 2020! Il y a un bon moment que j’ai franchi le seuil des fameuses 10 000 heures passées dans un laboratoire. Je devrais donc être un expert à la gérer? Et pourtant parfois je me sens comme si je ne sais plus trop qu’est-ce que je devrais faire, écrire, faxer, noter, signer, scanner, ranger… injecter!

Bien sûr, chaque environnement de travail est différent. Mais si un(e) pharmacien(ne) quelque part ressent quelque chose de similaire, vous n’êtes pas seul(e)!

Un pas en arrière, pour le bien de notre profession

J’ai connu les minuteries, les « consultants en opérations de laboratoires », les rapports, les ratio d’ordonnance par ATP ou par pharmacien…

Nous ne sommes plus au stade de la logistique, du LEAN, de l’optimisation de chaque pas de chaque employé. Si, à une époque, notre travail pouvait être comparé à la fabrication d’une Toyota, aujourd’hui ce n’est plus le cas. Pour ceux qui tiennent à une telle métaphore, disons que nous sommes plutôt en train d’essayer de tester, construire et assurer les rappels d’une automobile qui n’a pas fini d’être dessinée encore!

Y’a-t-il un UX designer est à la recherche d’un défi grandeur nature? Aidez-nous à repenser notre profession, pour notre propre bien-être, et pour celui de toute la population!

Connaissez-vous votre score santé?

NB: ça n’existe pas… encore!

Un matin, j’entend un jeune couple discuter avec leur conseillère hypothécaire. Après quelques échanges plus légers portant sur le marché immobilier et leur projet d’achat, la conseillère lance une question qui donne un ton plus sérieux à la discussion:

Connaissez-vous votre côte de crédit?

La question me reste en tête; ça me fait réaliser qu’il y a bien longtemps que j’ai moi-même consulté mon dossier de crédit! Peut-être y’a-t-il une ou 2 lignes de crédit que je devrais annuler!

Un peu plus tard ce jour là, j’écoute un balado produit par la firme Mckinsey & Co traitant des défis faisant face aux systèmes de santé partout dans le monde. Un sujet m’interpelle particulièrement: le manque flagrant d’interconnexion entre les différents logiciels et plate-formes utilisés par les professionnels de la santé.

Bien des efforts en vain

Vous avez sans doute déjà constaté que votre médecin, votre spécialiste, votre nutritionniste et bien sûr votre pharmacien consacrent tous beaucoup de temps à consigner de nombreux renseignements dans leurs dossiers respectifs. Pourquoi? D’abord et avant tout, c’est pour votre bien: pour pouvoir s’y référer et laisser des traces de tout ce qui se passe. Mais malheureusement, aucun d’entre-eux ne pourra lire ce que l’autre a écrit (ou presque, grâce à certains logiciels comme celui-ci).

Plus je m’intéresse à ce sujet, plus je réalise que nous sommes à plusieurs années – voir à une ou deux décennies – de pouvoir bénéficier d’un écosystème de renseignements de santé partagés. En fait, le nombre de sources de renseignements (logiciels, apps) augmentent probablement plus rapidement que la vitesse à laquelle les connexions entre celles-ci se forment… c’est une course sans fin en vue pour l’instant.

Une opportunité manquée

Le plus désolant de cette situation est de ne pas pouvoir tirer profit de tout le pouvoir d’analyse que nous offre l’informatique moderne. En effet, en consolidant autant de données de santé (vos antécédents, vos médicaments, vos habitudes, votre évolution, etc..), il deviendrait possible de détecter des « tendances » et de les comparer à d’autres cas. L’objectif de cette comparaison étant de déceler les individus les plus à risque de voir leur santé se détériorer à plus ou moins court terme.

Autrement dit, la consolidation des données permettrait de déployer une certaine « intelligence artificielle » veillant sur nous tous.

En attendant que le rêve ne se réalise…

Mais au lieu de rêver à une telle utopie de laquelle on ne se rapproche que trop lentement, ne pourrait-on pas se doter d’une alternative plus simple et accessible, dès aujourd’hui?

Pourquoi pas un score santé!

Imaginez que, chaque fois qu’un professionnel consigne à votre dossier un problème, maladie, poids, inobservance, prise de sang, habitude de vie ou facteur de risque, votre score santé diminue… ou augmente selon le cas! Ceci permettrait, en un coup d’oeil, d’avoir une estimation de notre état de santé global, sans pour autant devoir attendre que tous les professionnels unissent enfin leurs systèmes informatiques!

Un chiffre vaut mille mots

Nous vivons dans un monde ou l’attention devient une denrée de plus en plus rare. Les « UX designer » gagne leur vie en réduisant les clics sur les sites et applications que nous utilisons! Alors, il ne faut pas sous-estimer la puissance d’avoir un chiffre qui peut en dire aussi long! Toute personne confrontée à une mauvaise cote de crédit sentira une soudaine motivation à améliorer sa situation financière. Ne se passerait-il pas la même chose avec un score santé plus ou moins bon?

Le côté obscur

Bien sûr, un tel score santé présenterait des failles et des faiblesses. Il serait question de vie privée, évidemment. Ces données pourraient tomber entre de mauvaises mains, et créer de la discrimination. Mais après tout, ces données existent toutes déjà quelque part. Un score santé ne serait qu’un indicateur global de l’information qui existe déjà. Si celui-ci est sécurisé et utilisé à bon escient, il ne pourrait en découler que du positif.

Une autre faille possible est la valeur prédictive d’un tel score. Autrement dit, est-ce qu’il serait vraiment possible de développer une formule pouvant calculer un score qui prédit de façon satisfaisante l’évolution de la santé d’un individu? Je crois que c’est possible, mais je n’ai pas la formule! Les attentes envers un tel score devraient aussi rester réalistes. Loin de remplacer les professionnels, il viendrait simplement quantifier de façon relative ce que l’on sait « collectivement » de l’état de santé de chacun.

Pas sorti de nulle part

La notion n’est pas complètement nouvelle. Il existe sans doute des données actuarielles dans certaines organisations se rapprochant de cette idée. Aussi, le ministère de la santé utilise déjà le système de « pondération » des patients suivis par chaque médecin, de façon à refléter la « lourdeur » des cas, non pas seulement en comptant les patients, mais en ajustant ce nombre selon le type et la sévérité de leurs problèmes de santé.

Un débat d’actualité parmi mes confrères et consoeurs

Du côté des pharmaciens propriétaires, un débat se fait présentement sur la façon dont le pharmacien devrait être rémunéré. Actuellement, servir un antibiotique chez un adulte de 25 ans ne prenant aucun médicament et comprenant très bien les instructions procure au pharmacien la même rémunération que de le servir chez un patient âgé de 85 ans, prenant 10 autres médicaments, mais qui les oublient tout le temps en raison d’une démence légère, et qui ne sait pas lire. Il est évident que ça ne fait aucun sens! Nul doute que ce score santé pourrait être envisagé afin de moduler une portion de l’honoraire du pharmacien, et ainsi mieux refléter le travail accompli!

En attendant le futur, prenez bien soin de votre santé, même s’il n’y a pas de score en bout de ligne!

Au risque de me tromper.

Ceux qui me connaissent personnellement n’apprendront rien: ce n’est pas dans ma nature de parler fort, d’exprimer vivement mes émotions ou d’être extroverti, en général. Bien que mon travail m’amène à être plus social et volubile auprès de la clientèle de ma pharmacie de quartier, c’est en retournant dans mes tâches plus solitaires que je me retrouve pleinement dans mon élément et que je recharge mes batteries.

Néanmoins, j’ai toujours senti le besoin de m’exprimer. Autrefois par la musique, maintenant par ce blogue. Dans les 2 cas, j’apprécie pouvoir contrôler le message que je veux transmettre et choisir quand et comment je lui donne vie. Qui plus est, mon côté introverti vient de pair avec une tendance à angoisser devant la trop grande interactivité et instantanéité des réseaux sociaux tels que Twitter et Facebook. Alors je me retrouve beaucoup mieux dans ce blogue, qui n’impose rien et ne promet rien à personne.

L’envers du silence

Même en étant tout discret dans son petit coin de l’internet, mon blogue me sert donc un service bien utile en m’ouvrant cette porte à la libre expression. Mais il me rappelle aussi une autre notion importante que j’ai lue dernièrement dans un livre plutôt intéressant intitulé Braving the Wilderness: le silence ne fait rien avancer.

Allons-même plus loin: la neutralité ne fait rien progresser. Pire, le silence et la neutralité sont souvent au bénéfice de ceux qui profitent du statu quo.

On peut toutefois se demander: le statu quo, est-ce que c’est une si mauvaise chose? Pas toujours. Mais dans un monde qui évolue aussi vite que les sciences de la santé et des technologies, le statu quo n’est certainement pas le scénario qui avantagera notre santé et notre qualité de vie.

Il nous revient donc à chacun…

Alors, au risque de me tromper parfois – et peut-être souvent – je me un fait devoir de confronter ma pratique de la pharmacie à ce qu’elle pourrait être si le statu quo n’était pas si lourdement ancré sous le poids des puissants lobbys et entreprises qui s’y accrochent. La distribution des médicaments, la rémunération des professionnels, l’assignation des actes professionnels, la place de l’intelligence artificielle et la robotisation, par exemple, sont autant de sujets qui font sourciller les grossistes, chaînes et bannières, ordres professionnels et gouvernement.

Même l’individu isolé que je suis, avec qu’une poignée de lecteurs à son actif, se demande parfois s’il devrait peser sur publier ou pas! Multiplié par des centaines et milliers, ce simple geste peut faire changer des choses, plus que jamais auparavant.

La résistance

Il y a toutefois une résistance à combattre. Le système de l’éducation duquel je suis issu n’a nullement comme objectif de m’inciter à avoir des idées et à les partager. Il a plutôt le mandat de m’apprendre à avoir la bonne réponse, celle du « corrigé », et de la dire calmement sans me tromper. Sinon, c’est la honte devant 30 autres élèves qui n’attendent qu’une bonne raison pour rire ou ridiculiser quelqu’un. Même ma fille d’âge préscolaire a le réflexe de s’abstenir si elle n’est pas 100% certaine d’une réponse… C’est donc fort probablement moi-même qui lui a inculqué cette habitude. Pour les intéressés, le coloré Seth Godin a fait une présentation très à propos!

Vous avez quelque chose que vous croyez intelligent à dire? N’hésitez pas éternellement, trouvez votre façon et partagez-le… même si personne ne l’écoute ou ne le lit… et même s’il y a un risque de se tromper!

Psychoactif

Qu’est-ce que ce mot évoque-t-il, lorsque vous le lisez?

Vous fait-il peur? Suscite-t-il votre intérêt?

Vous fait-il penser à la nature ou au « chimique »? À l’illégal? À l’explicite?

Vous sentez-vous concerné? Repoussé?

Avez-vous l’impression qu’il relève de l’adolescence, ou plutôt du 3e âge?

Beaucoup d’entre-vous auront probablement répondu oui à la plupart de ces questions.

Car les substances psychoactives concernent tout le monde. De celui qui boit un Pepsi à celui aux pris avec une dépendance aux opioïdes. De l’enfant de 5 ans prenant du Concerta à quiconque prenant un somnifère ou un anti-dépresseur. De celui qui se procure de la drogue illégalement à celui qui achète du cannabis, avec ou sans ordonnance. 

Ce sont des substances psychoactives bien connues qui nous activent le matin et nous relaxent le soir. Nul besoin d’insister sur l’omniprésence du café, thé ou de l’alcool, et ce à travers le monde.

Mais il est grand temps de faire preuve de plus d’ouverture d’esprit et de faire tomber les taboos qui concernent tout ce qui se passent entre le café du matin et le verre de vin du soir.

Les substances psychoactives se répandent à grande vitesse. Leur multiplication se fait majoritairement de façon discrète et anonyme. Ainsi, toute discussion concernant les « psychoactifs » est susceptible de soulever les passions et d’entrechoquer des croyances qui n’ont pas souvent l’occasion d’être librement ventilées et façonnées, en raison des craintes et préjugés qui les entourent.

Regardez autour de vous. Les chances sont que quelqu’un de votre entourage très proche prenne un somnifère, un antidépresseur, une drogue, un stimulant, ou s’occupe de quelqu’un qui en prend. Les risques des opioïdes, les troubles de dépendances, les ajustements de dosages, les effets secondaires: si vous avez déjà eu à faire à une de cette situation, vous comprenez très bien l’ampleur de l’empreinte que peut faire une molécule psychoactive sur une vie.

Leur empreinte devient toute aussi profonde sur notre société. Elles font couler de l’encre et parler les journalistes. Elles alimentent des procès et entretiennent des peurs. Elles sauvent des marriages puis en brisent. Elles soulagent des dépressions et en créent d’autres.

Elles sauvent des vies, puis en déchirent.

Et nous n’avons pas encore tout vu. Nous entrons dans une nouvelle ère où des substances comme le CBD, le MDMA, la psylocibine, le LSD pourraient passer de la liste des substances proscrites au compendium de votre médecin et de votre pharmacien. En fait, ce virage est déjà bien amorcé. Les règles sévères et l’étanchéité du système de santé rendent cette évolution plus lente que l’on pourrait le souhaiter. Toutefois, dans certains cas, la FDA – l’agence américaine chargée de légiférer sur les aliments et médicaments – a été particulièrement accommodante dans le cadre d’essai clinique pour le traitement certains types de troubles dépressifs et anxieux. Ce changement d’approche est une très bonne nouvelle pour ceux souffrant de dépendance, d’anxiété sévère ou de dépressif réfractaire: le jour viendra où une alternative de traitement vous sera possiblement offerte.

Fort à parier que les préjugés entourant ce mot – psychoactif – sont en majeure partie l’héritage que nous gardons de la mouvance politique s’opposant à la culture du « peace and love » des années 60. Les gens en pouvoir à ce moment, cédant à la peur de l’inconnu, ont tout fait pour tourner ce mot en synonyme de l’illégal, mais aussi de l’immoral et de l’explicite.

Si ce n’était pas du lourd passé de ce mot, nous serions collectivement bien mieux outillés pour faire face aux maux de notre siècle.

La vie d’aujourd’hui est l’oeuvre collective de plusieurs siècles de génie, de courage et d’ambition. Chaque génération redéfinie les notions de succès et de bonheur. La nature brute d’autrefois devient peu à peu façonnée par notre intelligence, nos souhaits, nos erreurs. Or, tout ce dur labeur n’a pas été fait avec le souci du bien être émotionnel de chacun. Il ne faut pas chercher plus loin pour trouver la raison de notre consommation grandissante de psychoactif.

Mais est-ce une mauvaise chose?

Je crois que cette question doit être analysée avec autant d’ouverture, d’intelligence et de sophistication que le plus important et complexe des problèmes ingénierie. Comme si c’était la construction d’un avion, d’un pont ou d’un immeuble et que des milliers, des millions de vies en dépendaient. Car c’est bien le cas.

La prochaine fois que vous entendrez ce mot, ne jugez pas. Écoutez. Informez-vous. Posez des questions. Et surtout, réfléchissez.

Notre génération a la chance inouïe d’avoir la science, la richesse et l’ouverture politique qui pourrait changer pour le mieux « l’expérience-client » de nos vies, ni plus ni moins.

Et si ce mot, vous ne l’entendez pas assez souvent, et bien dites-le vous même, et voyez ce qui se passe!

 

La santé, les yeux fermés!

La médecine d’aujourd’hui nous offre un arsenal thérapeutique impressionnant. Que l’on soit affligé par des dyslipidémies, de l’hypertension artérielle ou par le diabète de type 2, des médicaments sécuritaires et efficaces sont disponibles. Au-delà de leurs effets immédiats sur la tension artérielle ou sur votre bilan sanguin, ces médicaments ont aussi démontré qu’ils peuvent vous permettre de vivre en meilleure santé et plus longtemps. Et ces gammes de médicaments continuent de s’élargir; une douzaine d’années se sont écoulées depuis ma graduation en pharmacie et je peux témoigner que le dossier type d’un patient atteint d’un diabète de type 2 aujourd’hui ne ressemble pas du tout à ceux que je voyais lors de mes premières années

Malgré cette abondance thérapeutique, il y un problème de santé pour lequel les options sont rares et peu efficaces. C’est bien dommage, car le problème dont il est question a lui-même des répercussions négatives sur pratiquement tous les autres aspects de la santé: métabolisme, gestion du poids, diabète, cognition et performance, reproduction, accidents et trauma, alzheimer, et j’en passe. Bref, si on pouvait traiter ce problème efficacement, on pourrait aider les gens atteints de tous ces problèmes de santé.

Le problème de santé auquel je réfère est le trouble du sommeil. J’utilise volontairement un terme plus large que l’insomnie, car il n’est pas seulement question de ceux et celles qui ont du mal à s’endormir ou à rester endormi. Il est aussi question de ceux et celles qui se privent, volontairement ou pas, consciemment ou pas, du sommeil dont ils ont absolument de besoin.

Pourquoi le manque d’heures de sommeil de qualité est-il si détrimentaire à la santé?

Parce que nous n’avons tout simplement aucune défense contre ce grave manque! À l’échelle de l’évolution de notre espèce, personne n’a jamais eu à faire face à une carence de sommeil. La sélection naturelle n’a donc jamais cru bon nous doter d’un mécanisme de protection contre cette véritable « agression » envers notre organisme qu’est le manque de sommeil.

Faisons la comparaisons avec la nourriture. Au cours de l’histoire, nos ancêtres ont dû, jusqu’à tout récemment, composer avec des périodes où il leur était impossible de consommer suffisamment de calories pour survivre. Ceci a mené aux adipocytes (cellules contenant nos graisses), au glucagon, à la gluconéogénèse et à bon nombre de cascades biochimiques nous permettant de stocker les calories excédentaires en temps opportun, et à y recourir lorsque nécessaire. Bref, le corps s’est équipé d’une police d’assurance contre les périodes où la nourriture se fait rare.

Ne serait-il pas formidable de pouvoir faire de même avec le sommeil?

Imaginons des cellules – des « nuitocytes » par exemple – pouvant emmagasiner l’équivalent métabolique de minutes de sommeil de qualité et libérer cette même « énergie nocturne » lorsque nous sommes contraints à une nuit blanche pour étudier ou à des nuits écourtées par un nouveau-né? On pourrait simplement dormir une fin de semaine de temps en temps, et être aussi délinquant que souhaité le reste de la semaine.

Malheureusement, nous sommes probablement à plusieurs centaines de milliers d’années de pouvoir compter sur un tel atout métabolique. D’autant plus que les dommages infligés par un sommeil insuffisant se manifestent majoritairement après l’âge où l’on se reproduit; ce problème est donc bien trivial aux yeux de mère nature, qui tend à prioriser les problèmes qui nuisent à notre survie et notre reproduction.

Aux yeux de vous, vos proches et votre médecin toutefois, les conséquences pourraient devenir dramatiques. Alzheimer, diabète, cancer, embonpoint, dépression, etc.. Il est clairement temps de mettre en lumière (faute de l’éteindre!) toute l’importance d’un sommeil suffisant et de qualité.

Un problème bien moderne

Le problème devient d’autant plus complexe aujourd’hui avec l’omniprésence des lumières LED, des mobiles et tablettes entre les mains d’ado, des routines matinales qui débutent de plus en plus tôt suivant les horaires d’écoles et le traffic, les besoins de sommeil méconnus et négligés des adolescents… Puis les accidents sur la route ou au travail, causés par la fatigue qui s’ensuit.

Parfois négligé, souvent minimisé

Si vous ou l’un de vos proches souffrez de diabète, d’embonpoint, d’hypertension, de TDAH, est-ce que votre médecin ou votre pharmacien vous a demandé si votre sommeil est bon? Je suis moi-même coupable de négliger cet aspect dans mes conversations en pharmacie. Il faut dire que les solutions faciles sont peu nombreuses et loin d’être parfaites. Oui, les pilules vous ferons dormir… Mais le sommeil qui en résulte est loin d’être d’aussi bonne qualité. De plus, en peu de temps, une accoutumance se développe bien souvent. La solution est donc peu plaisante pour le commun des patients: dédier du temps, des efforts, de la discipline, et faire des choix pour augmenter la quantité et la qualité de son sommeil.

Faire le choix de dormir semble toutefois la seule façon de vivre – et survivre – en santé.

Ce dilemme en lui-même semblerait totalement irréaliste pour les milliers de générations qui nous ont précédés!

Un enfant, un aîné et une piste de ski.

Consacrer du temps à quelque chose est probablement la décision la plus importante que nous puissions prendre. La façon dont nous investissons chacune de nos heures a le pouvoir d’influencer presque tout ce qui nous entoure, tout ce dont notre quotidien est composé.

Le blogueur Seth Godin l’a bien noté dans une publication récente.

Globalement, le futur tend vers une direction. D’un côté, il est très improbable de le faire radicalement et subitement changer de chemin. Je ne peux m’imaginer un événement qui changerait la direction du futur de 180, ou même 90 degrés. Même si des événements majeurs tels que les guerres mondiales ou la crise des missiles de Cuba n’avaient pas eu lieu, il y a fort à parier que le 21e siècle soit très similaire à ce que nous connaissons aujourd’hui… Mis à part quelques frontières ou politiciens, ma vie de tous les jours serait fort probablement à l’image de ce qu’elle est aujourd’hui, et la vôtre aussi.

Toutefois, nous avons tous, individuellement, le pouvoir de faire changer le futur de quelques degrés. Ce pouvoir est une ressource renouvelable; il nous est rendu disponible à chaque jour, à chaque heure. À chaque moment où nous avons l’opportunité de dédier du temps de la façon qui nous semble la meilleure.

Alors, quelle est la meilleure façon d’investir le temps qui m’est accessible ici, aujourd’hui? Que ce soit au travail ou ailleurs, la décision nous revient, éventuellement. Prenons-nous suffisamment le temps d’y penser, ou est-ce que nous nous laissons porter par ce que j’appellerais nos « modèles de réflexion habituels »?

La sélection naturelle a visiblement favorisé la façon la plus paresseuse de décider: se fier à nos habitudes et aux coutumes auxquelles nous avons été exposés toute notre vie.  Si votre routine est d’effectuer une certaine tâche tous les mercredi matins, ou d’écouter une série télé tous les lundi 20h00, la décision se prendra à notre insu, automatiquement et passivement. Au travail, si j’ai l’habitude de donner un conseil pour un certain médicament d’une façon habituelle, je le ferai bien souvent instinctivement, sans trop y réfléchir.

Ceci est bien utile dans plusieurs contextes. On ne pourrait pas survivre si on avait à réfléchir en profondeur à chacun de nos gestes. Je ne réfléchis pas à chaque fois que je m’apprête à me brosser les dents, prendre ma douche, arrêter à un feu rouge ou arriver au travail à l’heure. Pour ces raisons, je remercie le circuit neurologique que l’évolution a pris plusieurs millions d’années à concevoir pour moi.

Choisir: un luxe moderne

L’évolution n’a pas prévu le luxe que nous ont offert les derniers siècles, et plus précisément celui dans lequel nous vivons aujourd’hui. Nous avons dorénavant l’opportunité de dédier du temps à autre chose que notre survie et notre reproduction. Quoi que certaines télé-réalités pourraient laisser penser le contraire!

Personnellement, lorsque je m’arrête pour me demander si une tâche, activité ou projet mérite mon temps, j’aime faire l’exercice suivant. J’imagine avoir à expliquer à mes enfants et à mes grands-parents pourquoi je m’apprête à dédier mon temps d’une certaine façon.

Pourquoi mes enfants d’âge pré-scolaire? Parce qu’il n’ont pas encore autant d’habitudes et d’idées pré-conçues que nous. Leur intuition et leurs émotions prédominent dans leur prise de décisions, choses que nous perdons avec l’âge. Si la vie est une descente en ski alpin, ils sont sur une piste sans traces, avec plusieurs mètres de neige poudreuse qui les invitent à aller où bon leur semble, ne se fiant qu’à leur cœur et leurs « trippes ».

Et pourquoi mes grands-parents? Certes, ils ont des pistes bien tracées. Mais ils ont dévalé une si bonne partie du chemin qu’ils ont la sagesse et le recul pouvant nous aider à réaliser si on fait carrément fausse route.

Les gens qui nous sont très proches, tels nos conjoints ou amis, sont souvent au même stade de la vie, et donc sujets à suivre les mêmes traces que nous. Ils pourront nous secourir si on se perd dans le sous-bois. Mais comme ils sont au même stade de la montagne, leurs bons conseils, bien que réconfortant, ont leurs limites. Quant à eux, nos parents auront le réflexe de nous soutenir dans nos idées et projets de tous genres et n’auront peut-être pas le regard critique parfois nécessaire à prendre les bonnes décisions.

L’imagination suffit

Il n’est pas nécessaire, et bien souvent impossible, d’avoir une discussion élaborée avec nos jeunes enfants et nos aînés. Mais le simple fait de s’imaginer avoir cette discussion est, à mon avis, suffisant pour atteindre l’objectif voulu. Ceci nous contraint à expliquer nos choix d’une autre façon, à un autre niveau, et en utilisant un vocabulaire différent.

Au niveau professionnel, les choses diffèrent quelque peu. Un enfant, et dans mon cas un non-pharmacien, ne pourra pas juger de mes décisions de la même façon. Mais si je décide de consacrer 10 minutes à un client, je tente de réfléchir d’une façon similaire. Pourrais-je expliquer mon choix à un autre client qui attend 10 minutes de plus? À un médecin qui reste en attente 10 minutes pour me parler? Aurais-je dû procéder autrement pour ce client ou pour les autres points de ma chaîne de travail? À l’inverse, si je fais le choix d’aller plus vite avec un client, pourrais-je le justifier à un de ses proches ou à un autre professionnel qui voit les besoins et les caractéristiques d’un patient d’un autre point de vue?

Je ne rentrerais pas dans les exemples concrets car tel n’est pas le but de cet article. Toutefois, je suis convaincu que chacun, à notre façon, dans chacune des sphères de nos vies, avons beaucoup à gagner à imaginer ces petits dialogues – ou cette descente en ski, si vous préférez!

Med-ify?

La musique est très importante pour moi. J’ai passé des heures chaque semaine à écouter de la musique via mon compte Spotify. Je me fait un devoir de faire mes propres listes de lectures et marquer « j’aime » aux chansons qui me plaisent.

Résultat: j’ai plus de 5 ans de listes de lectures archivées. Je peux faire jouer des milliers de chansons de façons aléatoire, mais ce seront toutes des chansons que j’aime. Et en plus, Spotify me connait tellement bien qu’il peut me faire

  • des suggestions parmi les nouveautés de la semaine
  • 5 mix quotidiens selon mes préférences
  • découvrir au hasard de la musique qui pourrait me plaire
  • un TOP annuel à la fin de chaque année.

Spotify me connaît très bien et j’ai de la misère à m’en passer. Je m’en suis rendu compte récemment quand j’ai dû fermer temporairement mon compte dont la sécurité semblait avoir été compromise.

Pendant ce temps, je me suis aussi demandé combien il m’en coûtera si je reste abonné, disons, pour encore 50 ans? Probablement autour de 15 000$. Même en voyant ce gros montant, je n’ai aucun doute; c’est une bonne affaire.

Pourquoi? Parce que Spotify met en commun ce qu’il connaît de moi et tout ce qu’il connaît des autres utilisateurs.

Pourquoi pas la même chose en pharmacie et en médecine?

Pourquoi n’utilisons-nous pas la technologie pour intégrer toutes les informations relatives à chaque traitement pharmacologique?

Un court questionnaire de 2 minutes peut permettre de récolter les informations principales relatives à un suivi pharmacologique. Et nous sommes à quelques années près d’avoir un accès très facile et peu coûteux à la cartographie du génome pour tous.

Imaginez la puissance qui serait à la portée des professionnels de la santé si nous mettions ensemble les données de suivi, la pharmacothérapie et la génétique de chacun.

Chaque prescription deviendrait la prescription parfaite pour chacun, tant au niveau de l’efficacité et de la tolérance, puis conséquemment au niveau de l’observance. Les 3 éléments que nous, pharmaciens, tentons bien fort d’améliorer!

Au final, lorsque j’écoute Spotify, c’est moi qui décide d’écouter la suggestion, de faire « suivant » ou de simplement l’ignorer et faire jouer ce qu’il me plaît à la radio. Mais la très grande majorité du temps la recommandation qu’il me fait me rend la vie plus agréable, facile et me sauve du temps. Il en serait de même avec les médicaments.

Il est temps de lancer un Med-ify!