Archives d’auteur : Maxime B.-Roy

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À propos de Maxime B.-Roy

Pharmacien et passionné par la santé et les affaires! Je me plais à y trouver un fil conducteur!

Pour un mouvement « Slow-Dopamine »

Hier, j’ai assisté à une conférence sur le stress au travail. J’ai eu droit à l’habituelle présentation des neurotransmetteurs, et à l’effet de chacun d’eux.

J’ai été quelque peu froissé par le portrait qui a été dressé de la dopamine. En effet, la description qui en a été faite à ce moment était, n’y plus ni moins, celle d’un vilain.

Il est vrai que la dopamine nous fait parfois perdre un peu la tête, et aller trop vite. Mais comme l’histoire nous l’a montré, il faut parfois aller vite, très vite, pour se rendre compte qu’il est préférable d’aller un peu plus lentement.

De la drogue légale, pas chère, à tous les coins de rue

Pensons par exemple au fast-food. Ce concept n’existait pas vraiment avant les années 50. C’est durant cette décennie que les resto-minutes tels que nous les connaissons maintenant ont vu le jour. À ce sujet, le film The Founder est très informatif et divertissant.

Au-delà de la commodité et des bas prix, qu’est-ce qui a propulsé le fast-food vers le niveau de popularité qu’on lui connaît aujourd’hui? Probablement que la dopamine, sécrétée en masse lorsque la première frite salée et huileuse touche nos langues affamées, a joué un rôle majeur.

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Le rush initial Pexels.com

Nous connaissons tous la suite. Plusieurs problèmes de santé, surtout ce qu’on appelle le syndrome métabolique (embonpoint abdominal, hypertension, troubles du cholestérol et du taux de sucre), dérivent directement d’une surconsommation de fast-food dans plusieurs cas.

Ainsi, un contre-mouvement suivit: le slow-food. Était-ce pour des raisons de santé uniquement? Probablement pas. Mais pensons-y un instant: si le fast-food serait non-seulement délicieux, pratique, économique mais aussi bon pour la santé, je ne crois pas que la vague du slow-food serait aujourd’hui aussi prononcée. Que vous y adhériez ou non, les livres, émissions et blogues de recettes figurent aujourd’hui parmi les divertissements les plus dévorés par une nouvelle génération de foodies ou d’apprenti-cuisiniers.

Bref, je suis d’avis que le phénomène du slow-food, bien qu’il soit aujourd’hui apprécié pour ses qualités intrinsèques, a pris naissance dans un réflexe de survie de notre espèce qui a perçu dans le fast-food une menace grandissante.

La dopamine et ses masques multiples

Aujourd’hui, une autre menace carburant à la dopamine surgit. Et elle est plus insidieuse, car elle prend différentes formes et se cachent dans nos domiciles. Il n’y a pas de monumentales arches dorées visibles à 500 mètres de distance pour vous avertir du danger. Non. La menace se trouve plutôt dans votre poche de jeans, votre poche de chemise, votre sacoche, sur votre poignet, etc…

Cette menace, c’est le retour de la dopamine, qui veut reprendre son titre de l’ultime neurotransmetteur. C’est la fast-dopamine.

Nous sommes pris en otage, ou presque. Les réseaux sociaux et fabricants d’électroniques, qui représentent certaines des sociétés les plus capitalisées au monde, sont en mission pour prendre d’assault notre système dopaminergique et le rendre dépendant aux cloches, sonnettes et pop-up qui les caractérisent. De par leur omniprésence, ils ont redéfini l’ordre social qui gère plusieurs de nos ambitions et interactions. (Like-moi et je vais te liker, peu importe la qualité du contenu qui suivra.)

Repousser les limites du rush

En voulant toujours plus, notre homéostasie nous pousse vers des extrêmes. Qui aurait prédit, il y a 10 ans à peine, que certains gens ressentiraient le besoin de faire clignoter les lumières de leur salon lorsqu’une notification apparaît sur leur iPhone?

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L’habit ne fait pas le moine

Au final, la dopamine ne jouit pas d’une très bonne réputation. On lui reproche plusieurs des maux du 20e et du 21e siècle. Or, il ne faut pas oublier l’importance capitale de cette molécule magique sur le développement de notre espèce, autant hier qu’aujourd’hui.

De part son action, la dopamine, en quelque sorte, nous incite très fortement à refaire quelque chose d’utile et d’agréable, tout simplement. Que ce soit l’effort supplémentaire que les chasseurs-rassembleurs mettaient à se procurer leur prochain repas, l’acte de se reproduire, ou bien l’effort que met un chercheur à trouver un vaccin miracle, tous le font dans le but ultime de faire surgir un peu de dopamine… en quantité physiologique bien sûr.

Autrement dit, il n’y a absolument rien de mal à vouloir un peu de slow-dopamineNotre survie et, surtout, notre épanouissement en dépendent.

Se soigner à la dopamine

Parallèlement, je ne peux m’empêcher de tenter de réconcilier cette soif intrinsèque de dopamine et la santé.

Jusqu’à maintenant, cette soif se manifeste majoritairement au détriment de notre santé. Que ce soit les frites, la cigarette, Facebook ou les drogues, la plupart des sources de dopamine ne favorisent pas votre santé.

Mais pourrait-on innover et en tirer profit, plutôt?

Que diriez-vous d’une application mobile qui vous envoi un petit 😉 lorsque vous renouvelez vos médicaments à temps 3 mois de file?

Ou un pop-up vous affichant automatique toutes les photos d’activités extérieures que vous prenez, précisément 365 jours plus tard? (Ah! J’étais en ski l’an passé; je devrais y retourner!).

Votre frigo intelligent qui, très bientôt, pourra vous féliciter de votre consommation de légumes verts.

Ou simplement, s’écrire un courriel d’encouragement à soi-même, à être envoyé dans le futur, au moment de notre choix, grâce à des applications bien simples comme FutureMe.

Des trucs bien banals à première vue, mais n’y aurait-il pas là un contrepoids bien nécessaire à nos sécréteurs de dopamine contemporains? 

Vive la dopamine, consommée avec modération!

Je veux le slapshot dans mon équipe

C’est un scénario typique de film: une équipe (bien souvent sportive) travaille ensemble pour atteindre un but qui semble à priori inatteignable (un tournoi). Et juste pour compliquer les choses un peu plus, un outsider apparaît et vient menacer d’anéantir tout le plan de match!

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Comme bien des garçons de ma génération, les Mighty Ducks en sont une illustration bien intéressante qui ont marqué mon imaginaire. Pendant que les joueurs des Ducks progressent tant bien que mal pour devenir les champions de la ligue, Fulton Reed et son puissant slapshot viennent intimider toute l’équipe… au point où les joueurs si motivés au départ se demandent ce qu’ils valent vraiment, et s’ils peuvent vraiment atteindre l’objectif qu’ils se sont fixé.

Une bonne leçon

Les Ducks ont appris quelque chose que nous, les professionnels de la santé, devons apprendre aussi: il ne faut pas avoir peur du joueur un peu maladroit avec un gros slapshot. Non, il faut le recruter dans son équipe!

Le slapshot de Fulton Reed, c’est la technologie qui mettra fermement ses pieds dans l’univers de la santé en 2019.

« Est-ce que les assistants virtuels (Google, Alexa, Siri, Cortana, etc…) remplaceront les (insérez votre profession ici)? »

Les réflexions telles que celles-ci font bien jaser aujourd’hui, mais elles feront certainement rire les prochaines générations. Au même titre que nous pouvons sourire en lisant nos prédécesseurs qui ont remis en doute certaines technologies qui ont, par la suite, révolutionner nos vies. Par exemple:

« La télévision ne sera jamais capable de retenir son marché après les 6 premiers mois. Les gens se tanneront rapidement de regarder une boîte de plywood chaque soir. » -Daryl Zanuck, de la 20th Century en 1946.

« Il y a un marché mondial pour environ 5 ordinateurs. » -Thomas J. Watson de IBM en 1943.

Les technologies évoluent parfois maladroitement et peuvent être intimidantes, comme le slapshot de Fulton Reed. Mais une fois qu’on les comprend et qu’on les maîtrise, on devient les plus forts de la ligue.

Est-ce que Siri remplacera les pharmaciens? Non. Siri (et les autres… je préfère Google Assistant!) seront dans l’équipe des pharmaciens. Que diriez-vous d’un outil technologique qui vous permet de recueillir, partager et diffuser de l’information à vos patients et d’une intelligence artificielle qui en fait un triage et une documentation adéquate? Au bout d’une telle chaîne de travaille, aucun doute qu’il y aura un pharmacien, mieux équipé, accompli, valorisé et plus utile au système de santé. Y’en aura-t-il moins? Peut-être.

Et que dites-vous d’un assistant virtuel qui, avec un otoscope brancher sur votre iPhone, un thermomètre et un questionnaire, permet de diagnostiquer une otite avec une précision égale ou supérieur à la moyenne des médecins et IPS? Les médecins seront toujours dans leurs cabinets à gérer les cas plus complexes, à faire de la prévention et à superviser ces interventions technologiques.

Dans tous les cas, certains professionnels devront adapter leur pratique, et tous ne sont pas aussi enclins à le faire. Mais à terme, c’est le bien de la population qui primera, et ces questions ne se poseront même pas pour ceux et celles qui nous succéderont.

De nouveaux problèmes

La technologie a cette particularité de régler des problèmes, mais d’en créer de nouveau… et c’est très bien ainsi! Comme le dit le coloré homme d’affaires Grant Cardone, c’est un signe qu’on ne fait pas du sur place!

Par exemple, tous ces outils devront être encadrés, réglementés, supervisés, améliorés, mis à jour, etc… La demande pour des professionnels allumés et aptes à accomplir toutes ces tâches cruciales sera en constante augmentation.

Y’aura-t-il moins de professionnels de la santé dans le futur si on fait appel à de nouvelles technologies? Je ne sais pas. Mais avec chaque pas en avant, on a l’occasion de corriger un peu notre direction et remettre le cap sur notre coupe Stanley à nous: une population soignée de façon proactive par un écosystème de santé efficace et économiquement viable. Au Québec comme ailleurs, c’est un immense mastodonte qui fait face à cette volonté de changer les choses et on ne doit pas hésiter un instant à explorer les nouvelles technologies pour y arriver.

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Les forces qui maintiennent le système de santé sont déjà assez prenantes. Tant qu’à revisiter les Mighty Ducks, Lester Averman disait: « Ils sont plus gros, ils sont plus forts, ils ont de la barbe eux! » Alors comme les Mighty Ducks, si on veut gagner, on a vraiment de besoin du meilleur slapshot dans notre équipe!

Faisons des tartes.

En tant que pharmacien, si j’étais une tarte aux pommes, je serais divisé en bien des morceaux. Pourquoi? Parce que je dois répartir mon temps et mon attention limités de tous bords tous côté afin de répondre aux nombreuses tâches, obligations et questions qui se présentent au cours d’une journée typique passée au laboratoire.

Il y a, bien sûr, des vieilles et des nouvelles ordonnances à vérifier. Des questions des patients. Des appels et des renseignements à fournir aux médecins. D’infinies demandes de profils pharmaceutiques, au point où je me demande à quoi servent les millions de dollars investis dans le Dossier Santé Québec (DSQ). Il y a des rendez-vous avec les fournisseurs et des employés à gérer. Il y a des commandes à faire et des problèmes de facturation à régler, merci aux innombrables règles et codes de la RAMQ.

Les soins des santé, la priorité

Et si je me penche plus particulièrement sur les soins de santé fournis en pharmacie, il est clair qu’eux aussi sont beaucoup plus élaborés qu’autrefois. En plus des responsabilités traditionnelles du pharmaciens, nos clients s’attendent maintenant à ce que le pharmacien prescrive des médicaments et des tests de laboratoires, faxe leurs médecins pour toutes les raisons inimaginables, prenne en charge leur vaccination (grippe, voyage, zona), règle leurs problèmes d’assurances, suive les résultats de leurs prises de sang…

Je ne m’en plains pas du tout. Ces attentes sont légitimes, car de nos jours, toutes ces responsabilités relèvent bel et bien du pharmacien, à quelques détails près. Mais à travers toute cette tornade de demandes ainsi que les attentes élevées des clients, il ne arrive qu’il ne reste tout simplement plus suffisamment de temps pour vérifier si c’est bel et bien la bonne pilule qui est dans le pot.

Autrement dit, la tarte du pharmacien est déjà entièrement coupée, et les morceaux ne peuvent tout simplement pas être plus minces qu’ils le sont en ce moment. Que faire pour répondre à la demande?

Il ne faut pas essayer de couper la tarte encore plus… il faut tout simplement en faire d’autres… beaucoup d’autres tartes.

Le livre Abundance de Peter Diamandis explore le sujet de la répartition des ressources sur la planète, dans l’espoir de fournir à chaque être humain ce qui est essentiel à la vie: alimentation équilibrée, eau potable, lumière, énergie et communication. Le défi est immense, et l’approche est la suivante: quand les ressources sont clairement surexploitées, il faut repenser la recette et innover, afin de réussir à la doubler… ou plutôt la quintupler, et même plus.

Il est bien connu que les réserves de pétrole ne sont pas infinies et qu’au rythme auquel les occidentaux consomment et les économies émergentes se développent, celles-ci s’épuiseront de plus en plus vite. De cette réalité est issue un effort collectif de réduire le gaspillage d’énergie. Mais saviez-vous qu’en 88 minutes, 470 exajoules nous viennent du soleil sous forme d’énergie solaire, et que cette quantité colossale d’énergie équivaut à tout ce que l’humanité consomme en une année? Peut-on vraiment parler d’une crise énergétique? On peut bien fermer l’interrupteur en sortant d’une pièce et éviter de laisser couler l’eau; ce qui manque réellement, ce sont des panneaux solaires à grande échelle et des équipements efficaces pour désaliniser l’eau de mer.

Repenser les soins de santé

Cette approche me semble tout indiqué lorsque vient le temps de repenser le travail du pharmacien. (Et pour ce que j’en sais, la réalité est bien similaire pour les médecins et probablement plusieurs autres professionnels de la santé et d’autres domaines).
En pharmacie et dans les cliniques, le temps et les ressources humaines manquent. Mais au lieu de s’attarder à ce qui manque, il faut regarder où est l’abondance. Après tout, pleins de choses sont dorénavant plus abondantes qu’elles ne l’ont jamais été. L’information est accessible à tous. (Si l’information est le nouveau pouvoir, un ado avec un iPhone et Google dans la salle d’attente est à toute fin pratique plus puissant que Bill Clinton au début de sa présidence.) La communication est plus instantanée et facile que jamais. Internet est omniprésent, non seulement sur nos postes informatiques, mais dans nos objets connectés. Les médicaments génériques n’ont jamais été aussi abordables. Les outils technologiques, robots et ordinateurs peuvent accomplir des tâches et gérer des quantités de données inimaginables il n’y a que quelques années.

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Photo par Kaboompics

Nous sommes comme des enfants dans un verger où toutes les pommes tombées ont été mangées. On peut s’alarmer, courir, s’éreinter à en trouver une par-ci par-là pour survivre quelques minutes de plus. Mais pour réellement changer la situation des soins de première ligne, ce qu’il faut, c’est se construire une échelle.

Alors avons-nous vraiment une pénurie de temps, de main d’oeuvre et d’argent dans le système de la santé? Peut-être. Mais la pénurie qui m’inquiète le plus, c’est celle qui concerne l’imagination, l’innovation et le courage de changer le statu quo.<

Bien sûr, il y aura du protectionnisme, des coutumes et des codes de déontologie difficiles à changer, et des zones de conforts en pleine mouvance. Mais si rien n'est fait pour repenser la santé de première ligne, c'est littéralement la santé de nos états et de nos pays qui sont en danger.

Allons-y, repensons la recette du début, et nous parviendrons, j'en suis sûr, de faire 10 tartes au lieu d'une!

Mille neuf cents quatre-vingts-quatre

Nous sommes en 1984. Pas dans le roman de Georges Orwell, mais bien dans le vrai monde.

Quel âge aviez-vous à cette époque? Moi, je n’avais pas encore un an. Mais disons, pour les fins de cette petite réflexion, que nous avons tous environ 25 ans. Assez vieux pour avoir un peu de vécu, peut-être des enfants. Mais encore jeune et encore rêveur.

Un drôle de personnage vous accroche sur la rue, tout excité. Il ne peut s’empêcher de partager une vision du futur qu’il vient d’avoir. Il est convaincu que cette image précise qui l’a frappé est un portait exact de notre avenir qui, par un phénomène physico-temporel inusité, vient d’atterrir dans ses neurones.

Comme vous êtes la première personne qu’il croise sur la rue, il tient absolument à vous le partager sur-le-champ, incapable de contenir un tel présage.

Les années 80

Il vous dit qu’avant votre soixantième anniversaire, le monde aura complètement changer. Au lieu d’un téléphone, tout le monde aura son propre écran pour parler face à face, instantanément, à n’importe qui sur la planète. Vous n’aurez pas à payer un sous d’extra pour cette longue distance du futur, grâce à un réseau d’ondes invisibles. Grâce à ce même réseau, vous pourrez dicter ou taper pratiquement n’importe quelle question ou directive, et votre écran vous fournira la réponse instantanément et gratuitement, via une entreprise planétaire qui en connaîtra plus sur vous que la plupart de vos proches. D’ailleurs, bien que ce modèle d’affaires ne semble pas si intéressant à première vue, le farfelu personnage vous conseille fortement d’y investir toute votre épargne, car cette compagnie, dit-il, trouvera une façon de générer environ 15 milliards de dollars par année, tout en restant gratuite! Ça c’est si vous utilisez encore la monnaie courante, car d’autres devises seront désormais accessibles. La valeur intrinsèque de celles-ci oscillera énormément, mais elle ne pourra être manipulée ni par vous, les autres, ou le gouvernement: elle sera protégée par un algorithme indépendant qui garantit une entière corrélation avec l’offre et la demande.

Les années 60 et toutes ses substances illicites seront bien loin derrière, dit-il, mais cet écran vous permettra même de vous procurer un joint déjà roulé, pour vous, par des employés du gouvernement!

Vous pourrez aussi y faire votre épicerie, acheter vos cadeaux de Noël, des actions, un lave-vaisselle ou à peu près n’importe quoi au monde, sans parler à personne. Vous pourrez vous commander un taxi, scruter anonymement pour de potentiels prétendants à moins de 500 mètres, réserver une table au restaurant et taper sur une petite machine pour payer votre repas. S’il manque d’ambiance, votre écran peut vous jouer n’importe quel chanson ou film jamais produit; vous n’avez qu’à lui demander. Et quand vient le moment de lire un bon livre, inutile de sortir ou de fouiller dans les étagères poussiéreuses de votre bibliothèque; votre écran peut se transformer instantanément en n’importe quel ouvrage littéraire et vous tournerez les pages en glissant le doigt! Si vous avez besoin d’immortaliser un moment, rien de plus simple: avec un bouton, vous pouvez filmer des vidéos de meilleure qualité que Ghostbusters ou Indiana Jones, présentement à l’affiche.

Pourrons-nous chasser les mauvais esprits dans 30 ans?

Cet écran pourra même être intégré à votre véhicule, vous dire où aller, et tout comme lui, votre voiture carburera à la même énergie: l’électricité provenant d’une pile. Comment la recharger? Juste à la brancher sur votre maison, comme votre balayeuse.

Un peu à bout de souffle, il s’arrête là, même s’il pourrait bien continuer longtemps. Mais une question excitante vous vient à l’esprit:

Comment ça se passera dans les cliniques et les pharmacies?

Mmmm…. Ils auront quelques un de ces écrans, plus d’instruments et médicaments… mais d’après ce que ma vision me dit, l’expérience que vous vivrez en y entrant sera plutôt similaire à aujourd’hui.

Ha… dommage!

Années 80 ou 2000?

Comment auriez-vous réagi devant un tel personnage en 1984? Et si un tel personnage se présente devant vous aujourd’hui, avec des histoires exponentiellement plus farfelues que celles-ci (merci à la loi de Moore), comment réagirez-vous?

ANTIFRAGILE

C’est bientôt le temps des fêtes. Je ne vous apprend rien en vous disant que la tendance du magasinage en ligne est en forte progression. Je le constate chaque jour à même ma pharmacie, qui est un point de service pour une populaire compagnie de livraison. Ainsi, des dizaines de gens me visitent chaque jour pour récolter un colis, idéalement faire quelques achats à la pharmacie en passant, puis s’en retournent chez eux.

Assez régulièrement, le colis en question est une boîte arborant l’emblématique sourire d’Amazon. À l’échelle mondiale, la fin du parcours de ces millions de colis devient un élément névralgique du commerce en ligne, alors que la rapidité de livraison ne cesse d’améliorer. N’est-ce pas un peu ironique que le « last mile » de ces colis se termine dans mon établissement, alors qu’Amazon est un compétiteur qui attaque de plus en plus directement mon marché via ses produits de santé et beauté, et possiblement un jour celui des médicaments au Québec? Peut-être. Mais j’ai la conviction que la pharmacie de quartier doit, par toute les façons possibles, rester un endroit accessible, pratique, où une variété de services sont disponibles.

Nous sommes envahis par de fragiles colis.

Partout dans le monde, j’ai pu constater que les drugstores, farmacias, ou peu importe le nom qu’ils portent, sont des établissements vers lesquels les gens se dirigent pour leur santé d’abord, mais pour une multitude d’autres besoins variés. Passes d’autobus, fringale, bureau de poste… Ces services ne font pas nécessairement une grosse différence sur le bilan financier des pharmacies, mais ils présentent une opportunité de rester pertinents dans un marché qui évolue rapidement. En tant que pharmacien, la santé doit rester la priorité et l’élément qui me différencie des autres commerces. Mais à l’époque ou la télémédecine et les plates-formes se propagent à tout vitesse, il est risqué de s’y limiter.

Les pharmacies à travers le monde: des entreprises aux facettes multiples.

Alors, en voyant tous ces colis passer, je me demande comment me défendre contre cette invasion. Ils sont fragiles, alors je dois être antifragile.

L’inverse de la fragilité

À l’aube du Black Friday, des millions d’entre-nous commanderont des télévisions HD, des ordinateurs portables, ou peut-être des montres ou des lunettes fumées. Du début à la fin de leur parcours, ces items ont un aspect en commun: il sont fragiles. Un bête accident menace de les abîmer de façon permanente, ou pire, de les rendre complètement inutiles.

Quel est l’inverse de la fragilité? Cette question ne m’avait jamais frôlé l’esprit jusqu’à ma lecture récente du livre du même nom de Nassim Nicholas Taleb.

Antifragile: un concept fascinant.

Instinctivement, on s’imagine peut-être une couverture toute molle ou une brique indestructible. Selon le dictionnaire des antonymes, l’inverse de la fragilité est la robustesse ou la durabilité. Est-ce vraiment la meilleure définition? Si un objet fragile est endommagé par un impact, comment désigner celui qui se trouve renforcé par un tel contrecoup? La robustesse d’une brique ne désignerait alors que la zone de neutralité sur ce spectre, c’est-à-dire un objet qui ne sera ni brisé ni amélioré suite à un impact.

Alors, tout ce qui se retrouve à l’autre extrémité de ce spectre sera donc antifragile, donc amélioré par chacun des impacts qui lui sont portés.

Au-delà des objets

Il n’est pas évident de s’imaginer ce concept en se limitant aux objets. Une fois appliqué aux humains que nous sommes et aux entreprises que nous menons, ce concept prend tout son sens. Chaque situation difficile au travail offre une opportunité de s’améliorer et d’innover. Chaque peine et chaque deuil permet de se préparer à vivre le prochain de façon plus sereine. Chaque compétiteur arrivant dans un marché élève la barre d’un cran, présentant ainsi l’opportunité à tous les joueurs de la surpasser.

Un corps antifragile

La biochimie qui animent nos cellules connaissent déjà ce concept. Les antioxydants sont pour la plupart de micro-poisons sécrétés par les végétaux pour se défendre. Mais en mangeant quelques bleuets ou un peu de poivre, vous exposez votre organisme à ceux-ci et enclenchez une réponse biochimique qui pourra servir à combattre de futurs polluants ou de minuscules tumeurs. En ne buvant que de l’eau pour 24 heures, vous provoquez une petite onde de choc hormonale qui permettra à plusieurs de vos organes de mieux réagir lors de votre prochaine séance d’entraînement ou votre prochain morceau de gâteau.

Le destin ne cessera certainement pas de m’envoyer des heures de pointes très occupées à la pharmacie ou des colis d’Amazon qui me passent sous les yeux. Qu’il ne fasse surtout pas attention à moi; je suis antifragile.

La force derrière nos vulnérabilités

Vous souvenez vous la dernière fois que vous avez patienté dans la salle d’attente d’une pharmacie? Tôt ou tard, pour soi ou pour un proche, ça nous arrive à tous.

En tant que pharmacien, je crois fièrement en l’importance de mon rôle et de ma profession. En effet, les tâches qui doivent être effectuées durant cette attente plus ou moins longue sont multiples:

  • Validation de l’ordonnance (identifiée, datée, signée, lisible!);
  • Saisie de données dans le bon dossier patient;
  • Préparation de l’ordonnance (comptage, étiquetage, réclamation aux assurances);
  • Vérification du contenant-contenu et de la facturation par une ATP ou un pharmacien;
  • Analyse thérapeutique par le pharmacien. Ceci inclut entre autres, l’indication, le dosage, les allergies et les interactions;
  • Interventions requises pas le pharmacien: ajuster, modifier, ajouter ou substituer un médicament selon les problèmes ou ruptures de stocks qui surviennent;
  • Communication avec le prescripteur lorsque requis;
  • Changements à effectuer dans un pilulier lorsque requis;
  • Préparation de fiches informatives, calendrier et/ou démonstrateurs pour conseils au patient;
  • Facturation de la somme due.

Certains clients plus impatients nous brusquent parfois et nous demandent « Ça va-tu aller plus vite si je viens les compter l’autre bord du comptoir? » Je peux assurément leur dire que non.

Ceci dit, une partie de moi comprend cette impatience. Tout d’abord, parce qu’un arrêt à la pharmacie est souvent l’apogée d’une journée pas si agréable. Mais surtout parce que, dans un monde idéal, tout ce travail du pharmacien aurait pu être fait avant votre arrivée à la pharmacie!

Pourquoi ne suis-je pas avisé automatiquement lorsque votre médecin choisit le traitement qu’il souhaite que vous preniez? Je pourrais vous fournir des tas de réponses – ou plutôt d’explications – à cette question, mais aucune d’entre-elles ne serait vraiment valable. Un tel canal de communication permettrait aux pharmaciens d’effectuer, ou du moins d’entamer, leurs multiples tâches durant votre trajet ou votre arrêt à la garderie.

Histoire vraie, trop vraie…

Prenons, par exemple, un patient qui obtient son congé de l’hôpital le vendredi soir, comme c’est souvent le cas. Bien souvent, je recevrai sa longue série d’ordonnances beaucoup plus tard que je l’aurais souhaité… parce que son lift est en retard.

Résultat: stress additionnel pour le personnel de la pharmacie et pour le patient. Et pas seulement ça. Il y a aussi l’heure de tombée des commandes spéciales qui sera ratée, la prochaine dose à prendre qui sera retardée ou compromise, le médecin qui ne sera plus sur l’étage lorsqu’il faudra régler l’inévitable problème, etc…

Pas de la science-fiction

Les outils technologiques permettant une telle efficacité existent (DSQ, DME, App de pharmacie). Mais ils ne sont pas parfaitement intégrés et sont sous-utilisés, autant par les pharmaciens, les médecins que par les patients. Pourquoi est-ce que le progrès se fait attendre alors que l’impact sur les soins et le gain de temps seraient si positifs? Je me le demande chaque jour. Le désagrément et l’inconfort ressentis par les partis impliqués ne doivent pas être suffisants à faire bouger la force du statu quo…

Mais pour moi, c’est tout le contraire. Chaque ordonnance traité à l’ancienne renforce mon rêve de créer un nouveau continuum espace-temps où les ordonnances sont faites… dans le passé!

Un futur parallèle dans lequel j’ai déjà traité votre prescription! © Back to the future

Imaginez un lien direct et virtuel entre vous, votre médecin et moi, me permettant de tout savoir et tout régler avant même que vous mettiez le pied dans la pharmacie. Puis au moment où vous vous identifiez au laboratoire, une station-conseil munie d’un paravent et d’un écran vous est assignée. Je vous y rejoint promptement et, côte à côte, nous révisons le ou les médicaments prescrits, assistés de vidéos et d’infographiques (que vous avez déjà reçus par courriel) vulgarisant les consignes et modes d’emplois nécessaires. On vous demandera ensuite une courte évaluation de votre expérience par courriel.

Le but ultime: un lien privilégié entre nous qui nous rassure l’un et l’autre.

Votre visite en pharmacie doit être le baume sur votre plaie… et non pas le fer qu’on y tourne. Vous ne sortez peut-être pas guéri, mais rassuré et convaincu d’avoir les outils et la connaissance pour mieux prendre soin de vous et de vos proches.

Pour arriver à forger un lien de cette nature, vous et moi devons considérer et respecter nos vulnérabilités respectives; ce sont elles qui nous rapprocheront. Car nous sommes tous vulnérables à certains égards. Et ce n’est pas un défaut, loin de là. C’est en présentant au grand jour nos peurs, incertitudes, fragilités et besoins que nous nous rendons plus aptes à établir une relation enrichissante avec quiconque. Et dans une certaine mesure, c’est exactement ce qui se passe à chaque fois qu’un pharmacien fait bien son travail.

Chaque client et patient de ma pharmacie a besoin et/ou peur de quelque chose. C’est en allant définir le plus exactement possible ces peurs et ces besoins que j’accomplis le mieux possible cette partie de mon travail de pharmacien.

Comment parvenir à forger un tel lien avec une personne qui n’a besoin de rien et qui n’a peur de rien? Impossible. © Terminator 2

Et il a peur de quoi, le pharmacien?

Pour ma part, je me considère tout aussi vulnérable. J’ai peur de faire une erreur ou d’oublier quelque chose. De perdre un client peut-être. De ne pas être apprécié. Je ne verbalise pas ces craintes, mais vous les sentez dans mon approche, mon empressement et ma détermination. Il se trouve que cette peur, lorsque bien contrôlée, est une motivation sans égal pour se dépasser à chaque jour.

Je rêve à ce jour où la technologie supportera de façon complète et exhaustive la chaîne de travail du pharmacien pour me dédier entièrement à cette relation avec le patient. Ai-je peur de perdre mon travail, à coup d’innovations technologiques? Un peu, peut-être. Mais tel que discuté, cette peur est ma force! Car les ordinateurs, les robots et même l’intelligence artificielle, eux, n’ont peur de rien… et tel sera toujours leur défaut! À moins que…

Peut-être le seul robot qui pourrait vraiment voler mon travail… © Wizard of Oz

Une machine qui carbure aux bonbons… et au cannabis!

En ce 31 octobre, les enfants de la province s’apprêtent à enfiler leurs costumes choisis avec soin et affronter le froid et la pluie de quasi-Novembre. Ils reviendront plus ou moins tard et plus ou moins chargés de friandises, selon leurs âges respectifs, mais tous avec la même envie irrésistible de piger dans le sac à bonbons. Après une inspection parentale, bien sûr. Ils ne sauteront probablement pas sur la boîte de raisins secs ou sur les arachides.. mais plutôt sur les plus bonbons les plus sucrés d’entre tous!

L’Halloween à tous les jours

À notre époque, ce n’est pas que le 31 octobre que nous sommes collectivement confrontés aux tentations. C’est à toute heure de tous les jours. Que ce soit l’alcool, la nourriture sucrée, salé et calorique, la loterie, les prescriptions parfois faciles et remboursées, le magasinage à bas prix… Le monde occidental est devenu une grosse citrouille débordante de friandises, sans qu’aucun parent ne les approuve avant nous. En plus, l’effort de se déguiser est totalement facultatif. (Quoi qu’on puisse parfois en douter en voyant les clichés bizarres des caméras de surveillance de chez Wal-Mart)

C’est toujours l’Halloween chez Wal-Mart.

Tout cette vaste offre alléchante est relativement récente. Il ne suffit que de reculer de quelques générations pour se retrouver dans un monde dépourvu d’alcool (légal), de junk food scientifiquement addictif, de produits de consommation chinois pas chers, de carte de crédits pour tous, de Ativan et de Supeudol, et j’en passe.

Bref, il y a plus de bonbons qu’avant. Oups, j’allais oublié: il y a même du cannabis. À couper, rouler, fumer, et buzzer, à volonté, tant que vous êtes chez vous… ou pas, selon les villes. Car on n’est pas vraiment ouverts d’esprit si on ne peut pas fumer assis sur le milieu du trottoir non?

La Société et l’Individu: des machines qui doivent être entretenues

J’aime bien le livre Principles de Ray Dalio. Cet investisseur accompli a rédigé cet ouvrage pour nous partager les principes guidant sa vie personnelle et professionnelle. Que votre but soit la croissance personnelle ou la richesse (ou bien les deux à la fois ce qui est encore plus ardu), je vous en recommande fortement la lecture. Elle équivaut certainement à quelques cours universitaires. Si le temps vous manque, vous pouvez simplement cette table des matières exhaustive qui en véhicule très bien les idées principales. (Quoi que dans ce cas, j’aurais envie de vous citer le proverbe Zen: « Si vous n’avez pas 20 minutes pour méditer chaque jour, alors vous devez plutôt méditer 2 heures par jour! » Autrement dit, lorsque le temps manque, vaut mieux revoir ses Principes…)

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Un des éléments forts de son analyse est l’analogie avec une machine qu’il fait afin de décrire tout individu ou entreprise à la recherche du succès. Tout comme une machine, nous nous dotons d’une configuration ou un design (comment gérer les entrants) et produisons des résultats ou outcomes en conséquence. Si le résultat ne répond pas à nos attentes, la machine est à reconfigurée. C’est simple non? Un peu trop simplifié peut-être, mais c’est une notion de base utile à se rappeler devant un problème à résoudre.

Configurer une machine pour atteindre les résultats souhaités. (© Ray Dalio)

Comment se porte notre machine?

Quand je vois la crise des opioïdes, les taux d’endettement, le diabète de type 2 et l’obésité, les problèmes de jeux et d’alcool, je vois une machine qui ne produit pas les résultats souhaités. La collectivité est en droit de s’attendre à une machine (société) produisant de meilleurs résultats. Il me semble évident que le problème ne sera pas régler en limitant les entrants ou le input de notre machine, car il y aura toujours plus de bonbons, d’inventeurs de bonbons, de vendeurs de bonbons… et même du cannabis. Il faut donc s’attarder à la machine et mieux la configurer.

Mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond dans cette machine? Je pose l’hypothèse qu’il y manque un morceau important: la discipline.

Qui est responsable de maintenir ce niveau de discipline collective?

Nos professeurs? Ils n’ont pas toujours les ressources et se tournent parfois, désespérés et surchargés, vers le Ritalin et le Concerta.

Les parents? Le temps et l’énergie sont souvent épuisés lorsque vient le temps d’exercer de la discipline.

Le gouvernement? Je ne m’attend pas à grand chose… Leur solution ingénieuse à la crise des opioïdes est de me forcer à apposer un collant d’avertissement sur les pots de morphine. Wow. (C’est plutôt moi qui me fait discipliné alors?).

Les professionnels de la santé? Ils sont tous tellement surchargés, que l’enseignement de bonnes habitudes de vie devient par la force des choses la dernière priorité, pour laquelle il y a le moins d’incitatifs.

Les arguments pour légaliser le cannabis font bien du sens. C’était déjà facile d’en acheter, alors un encadrement présente un certain avantage. Mais auparavant, le spectre de se faire prendre contribuait à forger une certaine discipline collective. Et celle-ci est nécessaire à l’obtention des résultats collectifs et individuels de santé, de réussite et de bien-être auxquels nous sommes en droit de nous attendre.

Trop de bonbons et pas assez de discipline… doit-on s’inquiéter pour la prochaine génération? Pourquoi ne pas s’inspirer de l’amiral McRaven de la Marine américaine et instaurer une obligeant… à faire son lit? Comme il le dit lui-même, c’est la première étape pour changer le monde!

Faire son lit: de la discipline pour changer le monde! (© Amiral William McRaven)

 

Repenser l’expérience client.

Par un beau matin d’octobre, je suis allé porter ma fille à la garderie en vélo, comme j’essaye de le faire aussi souvent que possible. Cette petite balade fait autant de bien au moral qu’à la santé. En plus, j’ai calculé que j’épargne probablement entre 1$ et 2$ d’essence et d’usure à mon véhicule avec chacun de ces allers-retours. La preuve que l’on peut parfois tout avoir: argent, bien-être et santé!

Comme c’est très fréquent dans mon quartier de banlieue, j’ai croisé une jeune maman en congé de maternité. Elle promenait son bébé en poussette, profitant de l’air frais et du soleil. Mais ses yeux n’étaient pas posés sur le ciel bleu, ni sur le feuillage automnal, ni sur son tout-petit qui ronflait. Elle regardait plutôt un vidéo sur son téléphone intelligent. Pas un facetime improvisé, mais bien un vidéo, probablement de sa liste YouTube, avec le volume dans le fond… De longues secondes se sont écoulées entre le moment où je l’ai vue de loin et celui où elle s’est retrouvée une bonne cinquantaine de mètres derrière moi, et son attention a semblé se maintenir sur le même vidéo durant tout ce temps.

Vue de mon quartier, par un matin d’automne.

Hypnotisés par notre techno?

Comme la plupart d’entre-vous je présume, je suis coupable de rafraîchir – quasi-involontairement – mes courriels à des moments qui ne s’y prêtent pas tout à fait. Après tout, ce n’est qu’un symptôme de sevrage de nos cerveaux en manque de dopamine. De plus, je dois avouer être un grand fan de livres audios et de podcasts. Lorsque consommés avec modération, ils sont une très bonne façon d’absorber du contenu intéressant en vaquant à d’autres occupations.

Mais écouter un vidéo en marchant, ça me dépasse un peu! Suis-je trop vieux et dépassé, déjà? Est-ce la nouvelle norme?

Au final, je n’ai pas de raison valable de critiquer un tel comportement, et tel n’est pas mon objectif. Si regarder un vidéo sur son téléphone est la meilleure façon pour quelqu’un de profiter d’une marche à l’extérieur, c’est certainement mieux que de rester allongé sur un sofa par une belle journée. De plus, pour venir à la défense des jeunes mamans, je suis tout à fait conscient qu’elles passent beaucoup de temps à marcher… Et lorsque les trajets deviennent un peu routiniers, vaut mieux se divertir autrement!

Nouvelle génération, nouvelle réalité

Néanmoins, je ne peux pas m’empêcher de décortiquer de façon plus élaborée ce contraste moderne. Quelques milliers de pixels illuminés sont devenus, pour une nouvelle génération, plus intéressants que 360 degrés de plein air d’automne.

Je me considère un peu à cheval entre cette nouvelle génération et la précédente. À 33 ans, j’ai connu les 2 côtés du spectre. C’est-à-dire, l’époque où, pour organiser une soirée avec un ami, je devais composer un numéro à 7 chiffres (ère pré-450) sur un téléphone filaire. Par la suite, je devais parler aux parents de l’ami en question… et parfois réaliser qu’il était chez un autre ami, et répéter le processus. Puis, refaire les mêmes démarches pour qu’un troisième ami se joigne à nous. Jusqu’à ce qu’une invention révolutionnaire viennent changer la donne: mon page. Cet exercice bien banal pour moi est aujourd’hui complètement inconcevable pour quelqu’un ayant 10 ans de moins que moi!

Un bon vieux page (Wikipedia Commons)

Repenser l’expérience client

À quel point cette nouvelle génération ayant baigné dans la technologie dès leur naissance se comportera différemment de nous? Et comment ceci se traduira dans la pharmacie du futur?

Voilà une question que je me pose plusieurs fois par jour. Ces jeunes de 25 ans seront très bientôt des clients importants pour les pharmaciens. Les maladies chroniques nous frappent de plus en plus jeunes. Alors, dans 15 ou 20 ans, c’est-à-dire à peine un peu au-delà du spectre du plan d’affaires typique d’une nouvelle pharmacie, ce sont ces individus qui se présenteront à notre comptoir (ou virtuellement?) afin de faire remplir des ordonnances pour des hypoglycémiants et des anti-hypertenseurs. Celles-ci constituent notre pain et notre beurre, en quelque sorte. À ce moment, la technologie ne pourra plus être qu’une petite option de plus élaborée par nos chaînes et bannières (Uniprix, Jean Coutu, etc..) destinée à bonifier l’expérience de nos clients. Non. La technologie devra être le cœur de cette expérience.

Tout comme le vidéo Youtube était, pour cet instant précis dans la vie de la jeune maman, le cœur de son expérience de marche avec son nouveau-né.

Cette génération ne se déplacera pas pour une commodité, c’est-à-dire, pour un bien de consommation pouvant être acheté de différentes façons à différents endroits. Il sera bien trop facile de commander quoi que ce soit, en prenant une marche, avec un « one-click checkout », tel qu’on le vit présentement sur Amazon. Les gens de cette génération ne se déplaceront que pour une chose: pour vivre une expérience. Alors c’est mon devoir de pharmacien-propriétaire de penser, dès aujourd’hui, comment on pourra répondre à ces attentes.

Et la leçon que j’ai apprise ce matin-là, c’est que l’expérience offerte devra être encore plus profonde, interactive et touchante qu’un paysage d’automne…

Un antibiotique à utiliser avec précaution.

Derrière le sirop de banane, le CIPRO est sans doute l’antibiotique que l’on sert le plus fréquemment à la pharmacie. Mais c’est aussi une des armes les plus puissantes que nous avons en pharmacie contre les infections… sommes-nous en train de le brûler à petit feu? C’est la question que se posent certains experts européens.

Des bactéries qui se parlent

D’abord, il faut comprendre la relation que les bactéries ont les unes avec les autres. Ils ont un pouvoir que nous n’avons pas: celui de la conjugaison.

La bactérie possède, comme les cellules de l’humain, de l’ADN. Cet ADN dicte tout ce qui se passe dans la bactérie. Mais la cellule bactérienne abrite aussi des brins d’ADN supplémentaires nommés plasmides. Ces plasmides contiennent des gènes qui, dans certains cas, lui permettent de combattre des antibiotiques, une habileté qui se développe parfois spontanément en raison de mutations dans l’ADN.

Un plasmide. (Creative Commons.)

Bien avant que les humains se mettent à écrire des blogues pour échanger leurs idées, ou même avant les fresques préhistoriques, les bactéries ont su développer la capacité de communiquer entres eux ces secrets maléfiques. En effet, via la conjugaison, elles peuvent s’échanger leur fameux plasmide, et ainsi partager ces morceaux d’ADN pouvant rendre nos plus puissants antibiotiques complètement inutiles… et conquérir l’univers, un jour peut-être?

La conjuguaison (Creative Commons)

Un antibiotique très (trop?) utile

Revenons-en au CIPRO. Il est une des armes pouvant protéger l’humanité d’une telle conquête microbienne. Nous l’utilisons parfois pour des raisons bien spécifiques, comme des diverticulites (infection complexe de l’intestin impliquant plusieurs types de bactéries) ou des biopsies de la prostate (dans ces cas on l’utilise afin de prévenir une infection qui pourrait suivre la biopsie).

Et d’autres fois, il est utilisé avec un peu plus de largesse, et je suis en partie coupable. Par exemple, il m’arrive d’en fournir 4 bouteilles à une famille partant pour Punta Cana, afin que tous puissent siroter leurs Pina Colada sans trop craindre la tourista. Ils prendront leur CIPRO si l’intestin se met à gargouiller! Fréquemment, je le sert à une femme qui subit une première infection urinaire. D’autres antibiotiques plus traditionnels auraient probablement fait l’affaire dans 90% des cas… Mais comme les médecins sont surchargés et les cliniques difficiles à contacter, le CIPRO est souvent utilisé dès le départ afin d’éviter la possibilité d’un échec… jusqu’à ce qu’un jour, le CIPRO lui-même ne marche plus du tout et que nous ne sachions plus quoi faire!

Du côté de l’Europe

En Europe, il existe un comité d’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance. Ce comité a récemment recommandé de restreindre l’usage des fluoroquinolones, la famille du Cipro, à des infections plus sévères. Ces armes pharmacologiques ne pourraient donc plus être utilisées pour des infections communes telles que la diarrhée du voyageur ou les infections urinaires non compliquées.

Que pensez d’une telle initiative? Le quotidien des médecins et des pharmaciens deviendrait certes plus compliqué si nous n’avions plus accès à ces puissants antibiotiques! Mais le jour où ceux-ci deviendront désuets arrivera, et la prochaine génération d’antibiotiques se fait toujours attendre. Ce jour là, nous serons bien affaiblis devant une armée de bactéries de plus en plus intelligentes!

Il va sans dire que, pour nous tous, la meilleure façon de réduire cette propagation de la résistance, c’est d’éviter de prendre des antibiotiques inutilement (comme c’est souvent le cas durant la période des rhumes). Et bien sûr, d’éviter de tomber malade, autant que possible!

Petit rappel pour éviter les infections

Je profite du sujet pour rappeler certaines mesures de bases pouvant garder les bactéries pathogènes loin de vous:

  • Une alimentation saine, riche en légumes et fruits de couleurs variées
  • Des heures de sommeil régulières
  • Une bonne gestion du stress, entre autres via l’exercice physique
  • Un supplément de vitamine D
  • Une bonne hydratation (infection urinaire)
  • Se laver les mains (infections respiratoires et gastro-entérite)
  • Une bonne hygiène nasale (utiliser un rince-sinus si vous suspectez un début de rhume)
  • Vigilance en choisissant ses aliments et boissons lors de voyage (diarrhée du voyageur)

Un enjeu qui nous concerne tous

La résistance au antibiotiques est un enjeu de société qui doit être pris au sérieux par notre gouvernent et les experts du domaine, comme l’INESSS qui fournit aux professionnels de la santé des guides pour mieux choisir les antibiotiques. Mais la résistance aux antibiotiques se développe aussi au niveau individuel, donc nous devons tous y penser!

NB: La vaccination, en particulier celle pour la grippe, n’a AUCUN impact sur la résistance bactérienne. Si vous êtes à risques, faites-vous vacciner! Mais à l’inverse, le vaccin ne protège pas contre tous les types d’infections, alors il ne faut pas baisser la garde pour autant. De plus, si un médecin, pharmacien ou IPS vous prescrit du CIPRO, faites-lui confiance et ne cessez pas votre traitement pour autant! Il s’agit probablement du meilleur choix, selon la pratique actuelle, pour votre condition. Ceci dit, n’hésitez pas à parler avec lui des risques posés par la résistance aux antibiotiques, et les façons dont nous pouvons éviter d’y contribuer!

Soyez un(e) artiste!

« L’art n’est pas seulement une oeuvre ou une peinture; c’est toute chose qui change quelqu’un pour le mieux, toute interaction qui mène à une conclusion humaine et pas seulement commerciale » – Seth Godin, Linchpin

En tant que pharmacien, la société a certaines attentes envers moi. Et chaque jour où je rentre au travail, je fais mon possible pour y répondre! Plus précisément, je fais tout en mon pouvoir pour

  • vous donner le bon médicament;
  • m’assurer que c’est le meilleur pour vous;
  • vous dire comment bien le prendre.

En règle général, si je parviens à accomplir ces 3 tâches, vous êtes satisfait. Et la société, en général, l’est aussi. En fait, c’est elle qui m’a programmé à accomplir ces tâches, via mon parcours universitaire.

Or, mes attentes à moi sont différentes. Pour me sentir accompli, je dois aller au-delà de ma « programmation » de pharmacien. Je souhaite laisser une empreinte différente sur votre expérience et votre santé.

Je n’y arriverai pas nécessairement à chaque fois que vous visitez la pharmacie. Ce n’est pas possible, ni nécessaire, pour la plupart des gens!

Mais au moins une fois de temps en temps, j’essaye d’en faire un peu plus…

  • Lorsque vous voulez avoir un deuxième avis quant à votre problème de santé.
  • Lorsque vous sentez le besoin d’être rassuré.
  • Lorsque je vous donne l’information complémentaire bien utile à laquelle vous ne vous attendiez pas.

Idéalement, je veux arriver à faire tout ça, sans vous faire perdre de temps. Car trop, c’est comme pas assez.

Une fois de temps en temps, j’ai l’impression d’y arriver! C’est à ce moment seulement que je suis satisfait du travail que j’ai accompli. Lorsque je dépasse les attentes au lieu de simplement y répondre. Lorsque je parviens à transformer une situation complexe et inquiétante en une simplicité rassurante.

J’imagine que, peu importe le travail ou la profession, l’enjeu est le même. Dans tous les domaines, des gens se donnent le même objectif que moi. Ces gens essayent – et parviennent – à en faire plus que ce que l’on s’attend d’eux. Et c’est bien tant mieux pour le bien de tous.

Un vendeur de souliers qui en fait plus

De toute ma vie, je ne me souviens d’un seul des vendeurs de souliers avec lequel j’ai fait affaire. Je suis entré dans son magasin avec une attente bien simple: me procurer des souliers adéquats et payer le juste prix. Mais ma fille était un peu agitée. Le lunch du jour de ce vendeur avait été un Joyeux Festin de chez McDo… et à ce moment, il a donné le petit jouet à ma fille, parvenant non seulement à ce que l’on trouve les souliers parfaits, mais aussi à rendre l’expérience dans son ensemble bien plus agréable. Je m’attendais de lui quelques aller-retours dans son backstore. Mais ce jour là, il a fait bien plus que ça pour moi.

Je tiens aujourd’hui à encourager tous ceux qui se dédient à régler des problèmes plus grands que ce qu’on leur demande. Ceux qui cherchent des solutions hors de l’ordinaire. Ceux qui anticipent les problèmes du futurs et imaginent déjà les solutions. Ceux qui s’efforcent de rendre l’expérience entourant leur produit ou leur service plus agréable, pour des raisons qui ne sont pas strictement mercantiles. C’est grâce à vous que nos vies, notre santé et notre bien-être s’améliorent.

Mais pour y arriver, il faut habituellement faire un pas hors de notre zone de confort. Se montrer vulnérable pendant un instant. Le vendeur de souliers a dû me dévoiler qu’il n’avait pas toujours de bonnes habitudes alimentaires! Et quitter son plancher pour aller récupérer le jouet! Et pour ma part, il arrive que je doive avouer que je n’ai pas la réponse à une question, pour ensuite faire mes recherches et revenir mieux informé.

Nos formations et nos entraînements ne nous apprennent pas nécessairement à sortir de cette zone de confort délimitée par les attentes « standards » que la société a envers nous. Qui plus est, il peut sembler que chaque seconde passée hors de cette zone de confort ne soit pas rentable et affiche nos faiblesses et nos imperfections à nos clients ou compétiteurs.

Néanmoins, c’est grâce à la somme de tous ces petits efforts individuels que notre quotidien s’illumine de temps en temps, et que nous pouvons saisir l’importance de la contribution de chacune des personnes qui nous entourent.

Vous êtes tous des artistes, comme le dirait Seth Godin!